dimanche 15 septembre 2013

Les Pinçon-Charlot contre-attaquent

Vu dans Marianne cette semaine
Le nouveau livre du couple de sociologues, "la Violence des riches", pointe une fois encore le cynisme des élites françaises et s'en prend à la délinquance fiscale, véritable sport de classe.

Les Pinçon-Charlot contre-attaquent
Loin des conflits entre Taubira et Valls et autres vaudevilles politiques qui tentent de nous faire oublier la hausse du chômage et la montée des inégalités, les Pinçon-Charlot réfléchissent aux violences que nous font subir les riches. Les décisions de cette petite élite peuvent jeter des milliers de familles dans la misère. Il suffit de se promener dans les Ardennes. Les friches industrielles y succèdent aux usines murées. Les délocalisations, les fonds spéculatifs et autres inventions financières ont fait des ravages. Bien davantage que les vols d'autoradios et de portables. 

Les escroqueries à la Sécurité sociale ou au fisc coûtent, elles, des dizaines de milliards à la collectivité nationale. Car la fraude fiscale est un sport de classe que l'on pratique plus à Neuilly-sur-Seine qu'à La Courneuve et à Sarcelles. C'est finalement Valls qui ferait bien de mettre la pression sur Mme Taubira ! Car l'ordre républicain est ici bafoué tous les jours par des juges plus laxistes qu'en banlieue. «En moyenne, six mois avec sursis et quelques millions d'euros d'amendes pour des fraudes avoisinant le milliard d'euros», écrivent les Pinçon-Charlot. N'en déplaise à François Hollande, ces délinquants ont un prénom et un visage : ils s'appellent Laurence, Bernard... Qu'ils soient héritiers, financiers ou gestionnaires de fonds, en cas de récidive, aucune peine plancher n'est prévue pour eux. Au contraire. Ils gagnent à tous les coups. Le soutien du Medef leur est acquis, et en prime ils peuvent devenir conseillers du gouvernement socialiste. 

"L'argent, c'est la liberté" 

Tout le monde en prend pour son grade avec les Pinçon. Les hommes politiques, évidemment. L'UMP trouvera d'ailleurs ici tout prêt un «inventaire» saisissant de la politique de Sarkozy. Pour un complément d'information, Copé et son équipe pourront aussi puiser allégrement dans un précédent livre du couple : le Président des riches (La Découverte, 2011). Notre gouvernement n'est pas pour autant oublié. L'hommage rendu aux socialistes par Bernard Arnault, la première fortune de France, dans un entretien au Monde de 2013 est un vrai coup de griffe du rapace. «Quand Pierre Bérégovoy était ministre de l'Economie de François Mitterrand, l'entrepreneur était considéré comme un héros national», et les salariés, eux, commençaient à être vus comme une charge. Si les réseaux de Hollande sont décrits un peu trop vite ; dans un chapitre sur PSA, les deux auteurs s'interrogent avec ironie sur cette «deuxième droite». «Comment Pierre Moscovici a-t-il pu déclarer au Monde le 17 juillet 2012 : "Comme tout le monde, j'ai ressenti un choc à l'annonce du plan de PSA. Et c'est d'abord aux salariés et à leurs familles que je pense." Mais pouvait-il être dans l'ignorance des difficultés de cette société en tant que vice-président du Cercle de l'industrie, dont Philippe Varin [le président du directoire de PSA] est le président ?» 

Les petits soldats du journalisme ne sont pas oubliés. Il suffit d'allumer sa radio pour entendre un auditeur nous rappeler que les riches font vivre le commerce : «L'argent, c'est la liberté, et je regrette qu'en France on soit envieux vers le haut et que l'on tire notre pays vers le bas.» Le Meccano de la domination se voit encore une fois ici démonté. 

La Violence des riches, de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, 256 p., 17 €. A paraître le 12 septembre. 

samedi 7 septembre 2013

Mourir de ne pas enseigner

Mourir de ne pas enseigner
Document Marianne
Eric Conan | Samedi 7 Septembre 2013

Voilà pourquoi il faut lire la dernière lettre de Pierre Jacque, enseignant de 55 ans au lycée Artaud de Marseille, qui vient de se suicider.

Salle de classe du lycée professionnel Marcel Deprez, illustration - DURAND FLORENCE/SIPA
Salle de classe du lycée professionnel Marcel Deprez, illustration - DURAND FLORENCE/SIPA
Cette semaine de rentrée des classes a été marquée par le suicide d’un enseignant de 55 ans, mais, curieusement, la presse, qui est toujours à la recherche de sujets et d’angles pour traiter de cette actualité scolaire aussi prévisible que répétitive s’est peu penchée sur ce geste tragique. 

On se dit que c’est peut être un sage réflexe, car on le sait, on le répète, un « suicide-reste-toujours-un-mystère-humain-aux-facteurs-multiples-difficile-à-interpréter ». En l’occurrence ce n’est pas le cas, puisque certains médias nous ont précisé de façon macabre que l’intéressé avait évoqué l’idée de s’immoler devant son établissement ou indiqué qu’il avait laissé une lettre expliquant qu’il ne supportait plus les conditions de son métier, mais sans nous en dire beaucoup plus.   

C’est bien dommage. Car Pierre Jacque (c’est le nom de ce professeur de technologie et d’électronique en STI2G au Lycée Artaud de Marseille) a clairement décidé de son dernier acte et laissé un texte mûrement réfléchi qui constitue un véritable document sur le calvaire de professeurs motivés et conscients de l’état de délabrement de l’institution éducative. 

La lecture intégrale de ce long texte kafkaïen vaut beaucoup d’enquêtes et de reportages sur le quotidien des enseignants. En effet, tout y est  du naufrage d’une institution : réformes absurdes, improvisées, contradictoires et inapplicables ; ravages de l’idéologie des pédagogistes fous, qui ne sévissent pas qu’en Français ou en Maths mais en Electronique également ; niveau de plus en plus faible d’élèves de moins en moins maitrisables ; conditions de travail concrètes (salles, matériels) impossibles ; programmes technologiques inadaptés au monde économique et à la fameuse « compétitivité », cynisme de la hiérarchie et des inspections qui savent tout mais font tout pour ne pas voir et ne pas faire savoir ; trucages des examens pour cacher le désastre ; etc…  

Dans son bilan, Pierre Jacque n’épargne pas les syndicats dont il dénonce l’inutilité et les complicités et il faut donc rendre hommage à la section du SNES-Aix-Marseille qui a quand même décidé de mettre en ligne sur son site cette lettre adressée à tous ses collègues enseignants.  

Pierre Jacque ayant fait l’effort de réfléchir à cette lettre et à la rédiger pour « tous ceux que(son) témoignage intéressera », avec peut-être avec un dernier espoir d’être encore un peu utile, la moindre des choses est de la faire lire au maximum.

  A ma famille, à mes proches et à tous ceux que mon témoignage intéressera.  
  
Objet : Evolution du métier d'enseignant.  
  
    Je vous fais part de ma décision de ne pas faire la rentrée scolaire 2013. En effet le métier tel qu'il est devenu au moins dans ma spécialité ne m'est plus acceptable en conscience. Pour éclairer ma décision je vous décris succinctement mon parcours personnel. Je suis devenu ingénieur en électronique en 1982 à l'âge de 24 ans. Ma formation initiale et surtout mon parcours professionnel m'ont amené à exercer dans la double compétence "hard" et "soft". Le métier prenant et difficile m'a toujours convenu tant que j'avais le sentiment de faire œuvre utile et d'être légitime dans mon travail. Passé la quarantaine la sollicitation de plus en plus pressente d'évoluer vers des tâches d'encadrement et le sort réservé à mes ainés dans mon entreprise m'ont incité à changer d'activité. En 1999 j'ai passé le concours du Capet externe de Génie électrique et j'ai enseigné en section SSI et STI électronique. Le choc pour moi fut brutal de constater la baisse de niveau des sections techniques en 18 ans passé dans l'industrie notamment pour la spécialité agent technique (niveau BTS ou DUT suivant les cas). Même si le niveau enseigné était bien bas de mon point de vue, ma compétence était au service des élèves et je me sentais à ma place. Une difficulté était quand même le référentiel applicable (le programme) datant des années 80, ambitieux pour l'époque et en total décalage avec le niveau réel des élèves des années 2000. Une réforme semblait souhaitable pour officialiser des objectifs réalistes et orientés en fonction des besoins du marché du travail.   

    Puis vint la réforme de 2010 mise en place par Luc Chatel et applicable à la rentrée 2011. Pour le coup, le terme réforme est faible pour décrire tous les changements mis en place dans une précipitation totale. L'enseignement des métiers est réduit à peu de choses dans le référentiel de 4 spécialités seulement qui constitue des "teintures" sur un tronc commun généraliste d'une section unique appelée STI2D qui rentre bizarrement en concurrence avec la section SSI. L'électronique disparait purement et simplement. En lieu et place il apparait la spécialité "Systèmes Informatiques et Numériques" (SIN). Cela ne me pose pas de problème personnel, je maitrise bien le domaine et je l'enseigne même plus volontiers que les classiques problèmes de courant de diode ou de montages amplificateurs.   

      Je me pose quand même la question de la compétitivité de notre pays dans le domaine industriel avec un pareil abandon de compétence. La mise en place de la réforme est faite à la hussarde dans un état d'affolement que l'inspection a du mal à dissimuler. Entre temps le gouvernement a changé sans que les objectifs soient infléchis le moins du monde ou qu'un moratoire soit décidé, ne serait-ce qu'à cause du coût astronomique de cette réforme. En effet il aura fallu réorganiser l'implantation de tous les ateliers de tous les lycées techniques de France, abattre des cloisons, en remonter d'autres à coté, refaire tous les faux plafonds, les peintures et renouveler les mobiliers. Ceci est fait à l'échelle du pays sans que la réforme ait été testée préalablement dans une académie pilote.  

    Début 2011, l'inspection nous convoque en séminaire pour nous expliquer le sens et les modalités de la réforme ; il apparait la volonté de supprimer toute activité de type cours ce qui est la radicalisation d'une tendance déjà bien marquée. On nous assène en insistant bien que l'élève est acteur de son propre savoir, qu'il en est le moteur. Pour les spécialités, donc la mienne SIN entre autre, cela signifie qu'une partie conséquente de l'activité sera de type projet. A l'époque les chiffres restent vagues, il est question de 50% du temps au moins. La nature des projets, la façon de les conduire, la façon de les évaluer ne sont pas évoquées et les questions que posent les enseignants à ce sujet restent sans réponses, nous serons mis au courant après la rentrée de septembre.   

    En attendant l'inspection nous fait entièrement confiance pour continuer comme d'habitude. Je fais remarquer qu'il ne faudra pas tarder car nous préparons les élèves au bac en deux ans et que la connaissance des modalités d'examens est incontournable rapidement après la rentrée pour un travail efficace, c'est-à-dire sans perte de temps. Lors de la réunion suivante, après la rentrée 2011, l'inspecteur répond un peu agacé à la même question « que notre travail c'est d'enseigner et que l'évaluation verra après »(sic). En attendant le travail devant élève est commencé et moi et mes collègues travaillons à l'estime. Le manque de matériel se fait cruellement sentir dans mon lycée, les travaux nécessaires ne seront faits qu'à l'été 2012. Lors d'une réunion aux alentours de février il nous est demandé pour la prochaine réunion d'exposer l'état d'avancement de la réforme et si possible les projets envisagés ou mieux déjà mis en œuvre.   

   A ce moment je viens juste de recevoir un premier lot de matériel et je ne dispose du logiciel correspondant que depuis novembre. La pression amicale mais réelle pour commencer les projets va aller augmentant. J'ai un groupe de 16 élèves et un autre de 15 dans une salle qui est déjà trop étroite pour recevoir proprement 14 élèves en travaux pratiques et avec un matériel réduit qui ne me permet qu'un choix très restreint de sujets. La phase passée en projet sera cauchemardesque pour l'enseignant et la fraction d'élèves sérieux. Le dernier mois de cette année de première sera passé en activités plus classiques. A la rentrée 2012 les élèves sont maintenant en terminale, j'ai les tables de travail prévues dans une salle provisoire de 80 m2 au lieu des 140 m2 prévus. Il est difficile de bouger, le travail en travaux pratiques reste possible et je couvre ainsi la partie communication réseau de référentiel au moyen d'un logiciel de simulation. Je ne dispose pas du matériel support. On me bricole une salle de 150 m2 à partir de deux salles de cours séparées par un couloir et j'attaque les projets dans ces conditions. Le couloir sera abattu aux vacances de février.  

     Pendant ce temps nous avons appris que la note du bac porterait uniquement sur le projet final est que la note serait constituée de deux parties égales, une attribuée par un jury en fin d'année suite à une soutenance orale avec support informatique, l'autre attribuée par l'enseignant de l'année au vu du travail fourni par les élèves. Les critères d'évaluation portent principalement sur la gestion de projet et la démarche de développement durable. Il est explicitement exclu de juger les élèves sur les performances et la réussite du projet. Ceci appelle deux remarques. La première est que les critères sont inadaptés, les élèves sont incapables de concevoir et même de gérer un projet par eux-mêmes. De plus la démarche de développement durable est une plaisanterie en spécialité SIN où l'obsolescence programmée est la règle. 

Comment note-t-on alors les élèves ? A l'estime, en fonction de critères autres, l'inspection le sait mais ne veut surtout pas que la chose soit dite. Du coup cette note relève "du grand n'importe quoi" et ne respecte aucune règle d'équité. Elle est attribuée par un enseignant seul qui connait ses élèves depuis au moins un an et compte coefficient 6 ce qui écrase les autres matières. Cela viole l'esprit du baccalauréat dans les grandes largeurs. Je considère que ceci est une infamie et je me refuse à recommencer. L'ensemble du corps inspectoral est criminel ou lâche ou les deux d'avoir laissé faire une chose pareille. Cette mécanique est conçue dans une idée de concurrence entre les enseignants mais aussi entre les établissements pour créer une dynamique de très bonnes notes à l'examen y compris et surtout si elles n'ont aucun sens. Vous avez l'explication des excellents résultats du millésime 2013 du baccalauréat au moins pour la filière technologique. Cela fait plus d'un an que je me plains à mon syndicat de cet état de fait. Pas un seul compte-rendu ni localement sur Marseille ni à un plus haut niveau n'en fait mention. Je suis tout seul à avoir des problèmes de conscience. Ou alors le syndicat est activement complice de l'état de fait, le responsable local me dis : « Mais non Pierre tu n'es pas tout seul ». En attendant je ne vois aucune réaction et ce chez aucun syndicat. 
  

    Que penser ? Soit nous sommes muselés, soit je suis le dernier idiot dans son coin. De toute façon je n'accepte pas cette situation. Je pense au niveau toujours plus problématique des élèves, autrefois on savait parler et écrire un français très convenable après 5 ans d'étude primaire. Aujourd'hui les élèves bacheliers maitrisent mal la langue ne savent plus estimer des chiffres après 12 ans d'études. Cherchez l'erreur. La réponse de l'institution est : « Oui mais les élèves savent faire d'autres choses ». Je suis bien placé dans ma spécialité pour savoir que cela n'est pas vrai ! Les élèves ne maitrisent rien ou presque des techniques numériques d'aujourd'hui. Tout ce qu'ils savent faire est jouer et surfer sur internet. Cela ne fait pas une compétence professionnelle.   

   Les médias nous rabattent les oreilles sur la perte de compétitivité du pays en laissant entendre que le coût du travail est trop élevé. Cette présentation pèche par une omission grave. La réalité est que le travail en France est trop cher pour ce que les travailleurs sont capables de faire véritablement. Et là la responsabilité de l'Education nationale est écrasante. Qui osera le dire ? J'essaye mais je me sens bien petit. J'essaye de créer un maximum d'émoi sur la question.   

   J'aurais pu m'immoler par le feu au milieu de la cour le jour de la rentrée des élèves, cela aurait eu plus d'allure mais je ne suis pas assez vertueux pour cela. Quand vous lirez ce texte je serai déjà mort.  
  
Pierre Jacque   
Enseignant du lycée Antonin Artaud à Marseille

jeudi 22 août 2013

Obama ou la guerre froide pour les nuls

(Marianne)

Pour justifier l’annulation de sa rencontre avec Vladimir Poutine, Barack Obama accuse la Russie de retour à l’esprit de la « guerre froide ». Le Président américain devrait réviser ses classiques.


Obama, Poutine - Evan Vucci/AP/SIPA
Obama, Poutine - Evan Vucci/AP/SIPA
Barack Obama est en train de s’atteler à un exercice toujours délicat : la réécriture de l’histoire. A preuve sa décision de boycotter le sommet bilatéral américano-soviétique, prévu de longue date, et de ne pas rencontrer Vladimir Poutine, qu’il retrouvera cependant lors du sommet du G 20.

Et pourquoi donc, Votre Honneur ? A cause de l’asile politique temporaire accordé par la Russie à Snowden, l’ex agent américain ayant révélé quelques unes des frasques de ses supérieurs, emportés par leur folie inquisitoriale. Le président américain y voit le signe extérieur du vent de « guerre froide » qui soufflerait de nouveau sur les plaines de Sibérie.

C’est le monde à l’envers. Le scandale Snowden, que l’on sache, ne vient pas de son atterrissage à Moscou, mais de ce qu’il a révélé des pratiques de l’Empire américain. Le scandale Snowden, ce n’est pas sa fuite (obligatoire), mais l’ampleur des dérives d’un pays souvent présenté comme un modèle de démocratie.

Il faut donc remettre les choses à l’endroit. C’est un peu comme si, du temps de l’URSS, Moscou avait demandé des comptes à Washington sous prétexte que Soljenitsyne, auteur de « L’Archipel du goulag », s’était réfugié aux Etats-Unis. A l’époque, fort justement, on sommait les dirigeants de feu l’Union Soviétique de réviser leurs pratiques plutôt que de faire la leçon au monde entier. Aujourd’hui, toutes choses égales par ailleurs, c’est à la Maison Blanche de s’expliquer et non l’inverse. 

Or chacun fait comme si la Russie était toujours l’URSS ; comme si Poutine, qui n’a rien d’un enfant de chœur (c’est un euphémisme) était Staline ; comme si l’Amérique, quoi qu’elle dise et quoi qu’elle fasse, portait forcément la voix de la Raison, de la Liberté, de la Justice.

On est désolé d’avoir à le rappeler mais on n’est plus au temps de la guerre froide, avec les Bons et les Méchants revenant en boucle sur les écrans du monde entier. L’affaire Snowden est dévastatrice non pour Poutine mais pour Obama, contraint de couvrir des méthodes d’espionnage généralisé dignes de l’URSS. Et pourquoi le président russe n’exigerait-il pas de son homologue américain la fermeture de la prison de Guantanamo, ce Goulag tropical, comme préalable à toute rencontre éventuelle ?   

Sans doute est-ce désagréable pour la Maison Blanche de voir les défenseurs de la liberté passer de l’Ouest à l’Est, alors qu’ils effectuaient naguère le trajet inverse. Mais en l’occurrence, personne n’a laissé le choix à Snowden. Le procès auquel a été soumis le soldat Bradley Manning aux Etats-Unis à la suite des révélations de Wikileaks n’incitera sans doute pas l’ex-employé de la NSA à rentrer au pays d’ici peu. Il sait trop à quel régime il y serait soumis.
Par parenthèses, on peut s’interroger sur le silence de nos habituels défenseurs des droits de l’homme sur le sujet. Sont-ils donc tous en vacances ou à l’exposition de BHL à Saint-Paul-de-Vence?   

Il serait temps de sortir des jugements à l’emporte-pièce et des raccourcis rapides qui fleurissent dans une presse ayant conservé les bons réflexes de la guerre froide (la vraie). Barack Obama a beau s’agiter sur sa chaise et tenter de redorer un blason défraîchi par les récents scandales, c’est lui qui rame pour remonter le courant face à une opinion qui lui demande des comptes, et face à des Républicains qui rêvent toujours de lui faire la peau, politiquement parlant.
Il n’y a pas d’autre explication possible à la campagne soudaine contre les risques de terrorisme.

Celle-ci est uniquement de destinée à refaire une virginité aux services d’espionnage américains après le scandale de la NSA, l’agence de l’ombre. Certes, des attentats sont toujours à redouter, aujourd’hui comme hier, mais ni plus ni moins. La foucade anti-Poutine du président américain répond à la même logique, assez pitoyable il faut bien le dire.

Quand on est en difficulté face à ses ennemis de l’intérieur, il est toujours tentant de désigner des ennemis présumés de l’extérieur. Mais nul n’est obligé de tomber dans le piège.

Monnaies locales : les petites sœurs de l’euro

(Marianne)

Les alternatives locales à l’euro sont en pleine expansion à travers la France. Gadget folklorique ou «volonté de réappropriation de l’usage de la monnaie par le citoyen» ?


Crédits: What's Up Productions pour ARTE Journal
Crédits: What's Up Productions pour ARTE Journal
Le «Galléco» en Ille-et-Vilaine, la «Sol-violette» à Toulouse, une future «Pêche» à Montreuil, dans l’est francilien… Qui a dit que la France ne faisait pas marcher la planche à billet? Toutes ces appellations désignent des monnaies locales complémentaires (MLC). Le principe se développe depuis trois ans sur des secteurs bien définis : un quartier, une ville, un département entier. Tout dépend du degré d’implication des commerçants et habitants. Dix-huit de ces monnaies alternatives sont déjà en circulation, une trentaine sont en projet.

«La mondialisation a conduit à désertifier nos bourgs et nos villages, à financiariser l'économie à l'excès, de sorte que sa finalité n'est plus de répondre aux besoins des êtres humains, mais de gagner de l'argent comme si l'argent était en soi LA richesse», explique Philippe Derudder, spécialiste des économies alternatives. «Le mouvement des monnaies locales complémentaires cherche à promouvoir une économie visant l'amélioration de la qualité de la vie pour tous au lieu d'une économie orientée sur la seule recherche du plus gros profit possible à court terme. Les intérêts sont donc moins quantitatifs que qualitatifs.» 

«VOILÀ LE TYPE DE SOCIÉTÉ QUE NOUS VOULONS»

A Villeneuve-sur-Lot, à l’image d’un ancien député-maire de la ville (un certain Jérôme Cahuzac), on aime les fantaisies monétaires. Fin janvier 2010, des billets-coupons de 1, 2, 5, 10, 20 et 50 «abeilles» ont fait leur apparition dans la commune et ses environs. La monnaie locale est échangeable contre des euros et utilisable dans 112 commerces et entreprises du coin (alimentaire, coiffeur, imprimerie, etc.). Pour éviter les problèmes de double comptabilité, une abeille équivaut à un euro. «Le but est de redonner un sens à notre monnaie, relocaliser les échanges, favoriser le circuit court et redynamiser ainsi la vie locale. C’est dire : «voilà le type de société que nous voulons», argumente une des responsables du concept. 

Pour adhérer au réseau «Abeille», une entreprise doit attester d’une démarche écologique, pour tendre vers le «zéro déchet, zéro pollution, autant que possible. C’est un engagement.» La MLC permet également de tisser des liens entre la clientèle et les entreprises. «L’Abeille amène de nouveaux clients qui ne seraient pas venus autrement. Les commerces peuvent entrer en contact les uns avec les autres, découvrir l’existence d’un possible partenaire à 5 kilomètres plutôt qu’importer ou de commander des services à l’autre bout du pays», s’enthousiasment les créateurs de la monnaie.  

L’EXEMPLE BAVAROIS DU CHIEMGAUER

«Comme leur nom l'indique, ces monnaies sont complémentaires et ne visent pas à remplacer la monnaie nationale, ni à se substituer à l'économie globale», développe Philippe Derudder. Pour justifier les contraintes inhérentes au concept -devoir échanger contre des euros, utilisable uniquement dans certains commerces locaux-, les spécialiste comme les créateurs de l’Abeille en appellent à «l’acte citoyen». Au-delà de l’aspect éthique, il y a des facteurs économiques : le refus de contribuer, souvent inconsciemment, à la spéculation ; le fait de dynamiser l’économie locale et d’augmenter la capacité d’épargne en doublant la masse monétaire. Ce dernier point est un argument fort des partisans de la monnaie locale. «L'épargne constituée par les euros échangés n'aurait pas existé s'ils avaient dû servir aux achats ; mais comme ils ont trouvé leur équivalent en monnaie locale, ils deviennent alors disponibles.»

L’effet de mode est-il à craindre ? «Certainement. Voici quatre, cinq ans, lorsque je parlais de monnaies locales complémentaires, on me regardait avec des yeux ronds. C'est la crise financière qui a conduit beaucoup de gens à se poser des questions sur cet outil qu'est la monnaie qui peut servir ou asservir, poursuit M. Derudder. Mais les pièges ne sont pas absents. Nous sommes en effet formatés à considérer la monnaie comme une fin et non un moyen. La tentation est grande de réduire l'usage d'une MLC à la recherche de croissance locale ou d'y voir l'outil qui permettra de traverser la crise plus "confortablement".»

A Villeneuve-sur-Lot, pas de folie des grandeurs. «Nous sommes encore petits, ça ne fait que trois ans, mais l’Abeille se développe», sourit l’une des responsables. L’exemple à suivre se trouve en Allemagne, où le Chiemgauer, monnaie régionale bavaroise lancée en 2003, était utilisé en 2012 par plus de 3300 personnes et 600 entreprises. 550 000 Chiemgauer (soit 550 000 euros, conversion facile) étaient en circulation l’an passé. Mais la plus ancienne expérience toujours en cours a démarré aux Etats-Unis. La ville d’Ithaca, dans l’état de New York, dispose de sa propre monnaie locale, le Ithaca Hour, depuis 1991. A Paris, un projet de MLC pour le dixième arrondissement est dans les tuyaux. Date théorique de mise en circulation : septembre 2014. 

mercredi 21 août 2013

Les 500 plus riches de France se sont enrichis de 25% en un an — 20minutes.fr

ECONOMIE - Selon le classement annuel du magasine Challenges...

Les 500 premières fortunes de France ne connaissent pas la crise. Elles ont même vu leur richesse globale augmenter de près d'un quart en un an, rapporte l'hebdomadaireChallengesce jeudi. Son montant s'établit à 330 milliards d'euros et n'a jamais été aussi élevé depuis 1996, année où Challenges a lancé le classement des "500".

55 milliardaires

Il a quadruplé en une décennie et représente 16% du produit intérieur brut du pays. Il compte aussi pour 10% du patrimoine financier des Français, «soit un dixième de la richesse entre les mains d'un 100 millième de la population», affirme Challenges. Ce groupe de 500 compte 55 milliardaires, 10 de plus que l'année dernière, précise l'hebdomadaire. Les dix premiers du classement ont vu leur fortune croître de 30 milliards en douze mois, à 135 milliards (40% du total).

Xavier Niel dans le Top 10

En tête de liste, Bernard Arnault PDG de LVMH, affiche une fortune de 24,3 milliards d'euros, en hausse de 3,1 milliards. Il est suivi de l'héritière de l'Oréal, Liliane Bettencourt, avec une fortune de 23,2 milliards, qui a fait un bond de 7,9 milliards. Gérard Mulliez, du groupe de distribution Auchan, arrive non loin derrière avec 19 milliards (+ 1 milliard), suivi de Bertrand Puech (Hermès)dont la richesse s'est maintenue à 17,4 milliards. Les suivants sont Serge Dassault, du groupe industriel Marcel Dassault (12,8 milliards d'euros), François Pinault (Kering, 11 milliards), Vincent Bolloré (Bolloré, 8 milliards), le "roi de la bière et du vin" Pierre Castel (7 milliards) , qui fait cette année son entrée dans le Top-10, Alain Wertheimer de Chanel (7 milliards), lui aussi nouveau membre du club des 10.
Enfin le dernier du Top-10 est le fondateur de l'opérateur Free, Xavier Niel, entré dans le classement des 500 plus grandes fortunes de France en 2003 avec 80 millions d'euros et qui pèse actuellement plus de 70 fois plus (5,9 milliards).
M.B. avec AFP

Alerte aux nouvelles fraudes Internet : quelles banques vous protègent le mieux ?

"Alerte aux nouvelles fraudes Internet : quelles banques vous protègent le mieux ?" www.capital.fr intéressante. Lien vers la page: http://www.capital.fr/finances-perso/dossiers/alerte-aux-nouvelles-fraudes-internet-quelles-banques-vous-protegent-le-mieux-851245

          

mardi 20 août 2013

Découvrez ce contenu: Les (nouveaux) mensonges de la rentrée politique

Marianne le 20 août


Arnaud Montebourg, Claude Bartolone, Jean-François Copé, Jean-Luc Mélenchon, Laurent Wauquiez, Nadine Morano... Un casting quatre étoiles pour inaugurer une nouvelle saison de mensonges politiques !


"The Adventures of Pinocchio" - DDP IMAGES FILMFOTOS/SIPA
"The Adventures of Pinocchio" - DDP IMAGES FILMFOTOS/SIPA
On nous avait dit : attention, danger ! Les deux grands rebelles de la gauche, Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, et Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, allaient s’en donner à cœur joie. Réunis à Frangy-en-Bresse pour la Fête de la Rose, ils allaient cogner à bras raccourcis sur la politique d’austérité budgétaire, sur la baisse des dépenses publiques, sur les hausses d’impôts… C’était écrit dans tous les journaux, de droite comme de gauche. Pour l’occasion, on les avait même rebaptisés « les tontons flingueurs » de la gauche. Les Volfoni du PS. Distribution de bourre-pif assurée ! A l’arrivée, pistolets à eau et pétards mouillés. Tous derrière Hollande et Ayrault, année électorale oblige. Vive la soupe à l’union ! S’est-il trouvé un seul journaliste politique pour battre sa coulpe, admettre l’erreur d’analyse, reconnaître le pronostic erroné ? Pas un seul. 
 
Et puis voilà Jean-Luc Mélenchon qui prétend que Manuel Valls serait « contaminé » par le Front National. A l’entendre, tout ce qui serait à droite du Front de Gauche serait donc facho. Valls à égalité avec les le Pen. Pour dédiaboliser le vote FN, on ne saurait mieux faire. En vérité, Mélenchon a un problème ou, plutôt, le PC a un problème avec Mélenchon : la base de l’électorat communiste est plutôt d’accord avec les options sécuritaires de Valls. Mais la direction du PC, qui voit venir à grands pas les élections municipales, est coincée : elle ne peut ni donner raison à Mélenchon ni le déjuger. Donc, elle se tait. On appelle ça un mensonge… par omission.
 
Et puis voilà Laurent Wauquiez qui, dans un long entretien accordé à l’hebdomadaire « Le Point », réclame – non sans courage, d’ailleurs – un droit d’inventaire du sarkozysme. Bravo ! Même à « Marianne », on veut bien applaudir ! Mais qui osera dire à Monsieur Wauquiez le cynisme mensonger qui consiste à appeler son courant de l’UMP « la Droite sociale », alors que son discours est antisocial jusqu’à la caricature ? Voilà même que l’inventeur de l’expression « cancer de l’assistanat » se met à flinguer le RSA qui, au final, restera pourtant la seule et unique mesure dite sociale, justement, du quinquennat de Nicolas Sarkozy. « Droite », on veut bien. Pour le « social », on repassera !
 
Et puis voilà Jean-François Copé, l’inénarrable Copé qui, selon les médias, se serait enfin rallié au nécessaire droit d’inventaire du sarkozysme. Mensonge encore : Copé, qui se vit toujours comme le légitime patron de l’UMP, se contente juste de proposer un « débat » sur les années Sarkozy. Un « débat » qu’il faudra clore impérativement en octobre – au-delà, silence dans les rangs. Un débat, surtout, qui, selon ses propres mots, devra être « sérieux » et « rigoureux ». En clair, un débat où toute critique sera proscrite. Ceux qui critiqueront l’ancien premier Ministre François Fillon recevront un blâme ; ceux qui oseront remettre en cause l’action de l’ancien président de la République seront lynchés en place publique !
 
Et puis voilà Nadine Morano. Certains croyaient sans doute qu’après sa Bérézina aux législatives de juin 2012, elle renoncerait à la politique. Nenni ! Nadine Morano cause toujours. La preuve : la plus sarkozyste des sarkozystes se dit opposée à toute forme d’inventaire du sarkozysme. Bizarre : si son héros est vraiment le grand homme qu’elle décrit, que risque-t-il à voir son bilan passé au crible ? Ca doit être ça, au fond, ce qu’on appelle la droite stalinienne ! 
 
Et puis revoilà les mêmes éditorialistes économistes qu’avant l’été. On les avait quittés fin juin, alors qu’ils déversaient leurs sarcasmes sur la politique de François Hollande. A les entendre, impossible d’inverser la courbe récessionniste de l’économie française. Badaboum ! La croissance connaît une petite embellie. Oh, certes légère. Peut-être même éphémère : + 0,5%. Rien qui ne soit susceptible de changer la vie quotidienne des Français. Une embellie qu’en tous cas, aucun d’entre eux n’avait prévue, anticipée, ni même imaginée. Un seul de ses savants oracles a-t-il reconnu son erreur ? Pas un ! Ils attendent même avec gourmandise le prochain indice économique qui leur permettra de reprendre leur refrain libéral : moins de charges pour les entreprises, moins de dépenses publiques… Ca marche tellement bien ailleurs !