Jordan Pouille, reporter à La Vie, a plongé dans le quotidien des ouvriers de Foxconn, comparé à « un camp de concentration » dans un rapport d’universitaires chinois : les dortoirs grillagés pour empêcher de nouvelles vagues de suicides, la masse des ouvriers se rendant dans le plus grand atelier du monde, un faux-dortoir qui cache une église clandestine...
Profiter de tout sans limite, sans scrupule, sans souci, sans éthique, sans honte, etc. Voilà ce que nous devons combattre.
jeudi 13 décembre 2012
L'enfer où a été fabriqué votre iPhone | Une Zapnet Rue89
mercredi 12 décembre 2012
De Gandrange à Florange, les mêmes scénarios
Début 2011, c'est une histoire qui a fait grand bruit. A l'époque, le secrétaire de la section CGT des employés communaux d'une petite bourgade de Moselle, Nilvange, avait annoncé qu'il rejoignait le Front national. Si l'affaire avait eu cet écho, c'est que le village est situé au cœur de ce qui était autrefois le premier bastion de la sidérurgie française et qui n'est plus maintenant qu'un champ de ruines.
On y avait donc vu un symptôme de la désespérance sociale. Et puis aussi un avertissement inquiétant. Un avertissement d'abord à Nicolas Sarkozy qui avait promis aux sidérurgistes de Gandrange - distant de Nilvange de moins de 20 km - que leur usine ne fermerait pas, avant de les abandonner à leur sort. Et puis aussi un avertissement aux partis de gauche, qui ont parfois, eux aussi, été contaminés par le virus libéral du laisser-faire.
Depuis, l'affaire a visiblement été oubliée. Pis que cela ! Ce que Nicolas Sarkozy a fait hier à Gandrange, François Hollande le refait aujourd'hui à Florange. Avec le même cynisme, la même rouerie, les mêmes mensonges. Oui ! les mêmes mensonges... Il y en a eu tellement ces dernières semaines qu'il n'est guère difficile de les recenser.
D'abord, il y a le mensonge proféré le 30 novembre par Jean-Marc Ayrault, quand, désavouant Arnaud Montebourg, il présente l'accord conclu entre le gouvernement et la direction d'ArcelorMittal comme une victoire. Bien qu'il s'agisse d'une pitoyable reculade. Qu'on en juge. Alors que, peu avant, le fougueux ministre du Redressement productif avait tonné contre le patron du groupe sidérurgique, affirmant que l'on ne voulait «plus de lui en France» - au motif qu'il n'avait respecté «aucun de ses engagements» - et le menaçant d'une nationalisation provisoire, voilà d'un seul coup que le Premier ministre se réjouit d'un accord... qui laisse totalement les mains libres au groupe Mittal.
Plus de menace de nationalisation ! Pas de remise en marche des hauts-fourneaux de Florange, à l'arrêt depuis quatorze mois ! Tout juste la direction promet-elle de réinvestir à terme 180 millions d'euros et de ne pas procéder à un plan social. Mais on sait ce que valent les engagements de Mittal : rien du tout. Déjà, en 2006, lors de son OPA sur Arcelor, le groupe avait promis de ne pas fermer Florange. C'était consigné noir sur blanc, avec cette précision : «Les sites français bénéficieront d'investissements dans un futur prévisible, afin de renforcer leur compétitivité.»
Le deuxième mensonge, aussi grave, est celui proféré par François Hollande, le 24 février 2012, quand, juché sur un camion à Florange, il promet aux sidérurgistes qu'il les défendra en prenant une loi obligeant un industriel à céder une usine viable promise à la fermeture. Car, depuis, cette loi n'a toujours pas vu le jour. Et, quand bien même le gouvernement serait-il de bonne foi et n'aurait simplement pas eu le temps de légiférer en ce sens, il avait un autre moyen d'honorer la promesse du candidat, c'était de reprendre à son compte l'idée avancée par Arnaud Montebourg d'une nationalisation transitoire, qui revenait exactement au même, mais qui a donc été rejetée. Comme dans le cas de Nicolas Sarkozy pour Gandrange, François Hollande n'a donc pas tenu sa promesse pour Florange.
Le troisième mensonge - à moins que ce ne soit de l'incompétence - a été énoncé le 19 octobre par Jean-Pierre Jouyet, président de la future Banque publique d'investissement, quand il a accablé le site de Florange, en le rangeant au nombre des «canards boiteux». Car, au contraire, si la conjoncture est déprimée, le site de Florange n'en est pas moins l'un des fleurons qui symbolisent l'excellence technologique de la sidérurgie française. Et c'est bien pour cela qu'en 2006 Mittal a aussi voulu mettre la main sur ce site, et non pas le fermer comme Arcelor l'avait prévu : pour disposer de ce savoir-faire, quitte ensuite à organiser des transferts de technologie et des délocalisations de production.
Et on approche ici du quatrième mensonge. Car François Hollande avait pris aussi cet engagement : «Notre ennemi, c'est la finance.» Or, s'il y a un groupe industriel qui symbolise les perversions de la finance dérégulée, c'est ArcelorMittal. Cornaqué par la plus sulfureuse des banques, Goldman Sachs, criblé de dettes (22,5 milliards d'euros) à cause d'une course folle à la mondialisation, mais servant à ses actionnaires des dividendes hallucinants (2,8 milliards d'euros en 2011, soit plus que son résultat net), disposant d'une réputation sociale détestable, ArcelorMittal est une caricature des excès auxquels peut conduire la financiarisation de l'industrie.
Alors, pourquoi avoir rendu les armes contre un pareil «ennemi», sans même avoir combattu, sans même oser une nationalisation, fût-elle partielle et seulement transitoire ?
La question risque de hanter longtemps la gauche. Pour une raison que Trotski avait formidablement détaillée dans son célèbre opuscule Où va la France ? : «Quand le peuple ne trouve pas de solution dans l'espoir révolutionnaire, il peut être tenté de la chercher dans le désespoir contre-révolutionnaire.» Traduction en langage contemporain : quand la gauche n'assume pas sa mission de transformation sociale, elle prend le risque de renforcer l'extrême droite et d'attiser le vote protestataire.
laurent.mauduit@mediapart.fr
On y avait donc vu un symptôme de la désespérance sociale. Et puis aussi un avertissement inquiétant. Un avertissement d'abord à Nicolas Sarkozy qui avait promis aux sidérurgistes de Gandrange - distant de Nilvange de moins de 20 km - que leur usine ne fermerait pas, avant de les abandonner à leur sort. Et puis aussi un avertissement aux partis de gauche, qui ont parfois, eux aussi, été contaminés par le virus libéral du laisser-faire.
Depuis, l'affaire a visiblement été oubliée. Pis que cela ! Ce que Nicolas Sarkozy a fait hier à Gandrange, François Hollande le refait aujourd'hui à Florange. Avec le même cynisme, la même rouerie, les mêmes mensonges. Oui ! les mêmes mensonges... Il y en a eu tellement ces dernières semaines qu'il n'est guère difficile de les recenser.
D'abord, il y a le mensonge proféré le 30 novembre par Jean-Marc Ayrault, quand, désavouant Arnaud Montebourg, il présente l'accord conclu entre le gouvernement et la direction d'ArcelorMittal comme une victoire. Bien qu'il s'agisse d'une pitoyable reculade. Qu'on en juge. Alors que, peu avant, le fougueux ministre du Redressement productif avait tonné contre le patron du groupe sidérurgique, affirmant que l'on ne voulait «plus de lui en France» - au motif qu'il n'avait respecté «aucun de ses engagements» - et le menaçant d'une nationalisation provisoire, voilà d'un seul coup que le Premier ministre se réjouit d'un accord... qui laisse totalement les mains libres au groupe Mittal.
Plus de menace de nationalisation ! Pas de remise en marche des hauts-fourneaux de Florange, à l'arrêt depuis quatorze mois ! Tout juste la direction promet-elle de réinvestir à terme 180 millions d'euros et de ne pas procéder à un plan social. Mais on sait ce que valent les engagements de Mittal : rien du tout. Déjà, en 2006, lors de son OPA sur Arcelor, le groupe avait promis de ne pas fermer Florange. C'était consigné noir sur blanc, avec cette précision : «Les sites français bénéficieront d'investissements dans un futur prévisible, afin de renforcer leur compétitivité.»
Le deuxième mensonge, aussi grave, est celui proféré par François Hollande, le 24 février 2012, quand, juché sur un camion à Florange, il promet aux sidérurgistes qu'il les défendra en prenant une loi obligeant un industriel à céder une usine viable promise à la fermeture. Car, depuis, cette loi n'a toujours pas vu le jour. Et, quand bien même le gouvernement serait-il de bonne foi et n'aurait simplement pas eu le temps de légiférer en ce sens, il avait un autre moyen d'honorer la promesse du candidat, c'était de reprendre à son compte l'idée avancée par Arnaud Montebourg d'une nationalisation transitoire, qui revenait exactement au même, mais qui a donc été rejetée. Comme dans le cas de Nicolas Sarkozy pour Gandrange, François Hollande n'a donc pas tenu sa promesse pour Florange.
Le troisième mensonge - à moins que ce ne soit de l'incompétence - a été énoncé le 19 octobre par Jean-Pierre Jouyet, président de la future Banque publique d'investissement, quand il a accablé le site de Florange, en le rangeant au nombre des «canards boiteux». Car, au contraire, si la conjoncture est déprimée, le site de Florange n'en est pas moins l'un des fleurons qui symbolisent l'excellence technologique de la sidérurgie française. Et c'est bien pour cela qu'en 2006 Mittal a aussi voulu mettre la main sur ce site, et non pas le fermer comme Arcelor l'avait prévu : pour disposer de ce savoir-faire, quitte ensuite à organiser des transferts de technologie et des délocalisations de production.
Et on approche ici du quatrième mensonge. Car François Hollande avait pris aussi cet engagement : «Notre ennemi, c'est la finance.» Or, s'il y a un groupe industriel qui symbolise les perversions de la finance dérégulée, c'est ArcelorMittal. Cornaqué par la plus sulfureuse des banques, Goldman Sachs, criblé de dettes (22,5 milliards d'euros) à cause d'une course folle à la mondialisation, mais servant à ses actionnaires des dividendes hallucinants (2,8 milliards d'euros en 2011, soit plus que son résultat net), disposant d'une réputation sociale détestable, ArcelorMittal est une caricature des excès auxquels peut conduire la financiarisation de l'industrie.
Alors, pourquoi avoir rendu les armes contre un pareil «ennemi», sans même avoir combattu, sans même oser une nationalisation, fût-elle partielle et seulement transitoire ?
La question risque de hanter longtemps la gauche. Pour une raison que Trotski avait formidablement détaillée dans son célèbre opuscule Où va la France ? : «Quand le peuple ne trouve pas de solution dans l'espoir révolutionnaire, il peut être tenté de la chercher dans le désespoir contre-révolutionnaire.» Traduction en langage contemporain : quand la gauche n'assume pas sa mission de transformation sociale, elle prend le risque de renforcer l'extrême droite et d'attiser le vote protestataire.
laurent.mauduit@mediapart.fr
lundi 10 décembre 2012
Mali, ça se complique…
Qu’était-il allé faire dans cette galère, s’étaient interrogés certains proches de Cheik Modibo Diarra, 60 ans quand cet astrophysicien malien devenu le patron des missions spatiales de la Nasa fût nommé premier ministre de son pays le 17 avril dernier.
La galère s’achève, mais pas de la plus aimable des façons puisque le brillant scientifique a dû démissionner après avoir été arrêté et placé en résidence surveillée dans la nuit du lundi 10 décembre. Fin d’une expérience qui ne devait être que provisoire puisque Cheik Modibo Diarra, tout comme le président de la République Dioncounda Traoré, officiait comme premier ministre de transition en attendant la tenue d’élections générales censées doter le pays d’un pouvoir sorti des urnes.
À l’origine de sa chute, il y a une fois encore le capitaine Amadou Sanogo, l’organisateur du putsch militaire du 22 mars 2012 qui avait mis un terme à la présidence très fragilisée d’Amadou Toumani Touré (ATT) et déclenché par ricochet l’offensive des groupes islamistes et touaregs au nord du Mali. Revenus dans leur caserne de Kati, Sanogo et ses hommes n’ont cessé de vouloir influencer le cours de la vie politique malienne, en particulier du moment où le premier ministre, en accord avec le président, s’est engagé dans la voie de l’option militaire pour chasser les islamistes du Nord et restaurer l’intégrité territoriale du pays. Sanogo ne voulait pas en entendre parler, à l’image de son mentor et protecteur Blaise Campaoré, le chef d’État burkinabé, président de la Cedao (Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest) et, à ce titre, médiateur plus que controversé entre les groupes islamistes, les autorités de Bamako et l’Algérie.
Que cherche Campaoré en tergiversant avec les radicaux favorables à l’instauration de la charia dans le nord Mali ? À déstabiliser l’ensemble du pays, affirment les nombreux adversaires du président burkinabé. Il est sûr que le départ forcé de Cheik Modibo Diarra n’aidera guère les institutions maliennes à s’imposer alors que les combattants djihadistes venus des quatre coins du monde rêvent de transformer le Nord en nouvel Afghanistan.
La galère s’achève, mais pas de la plus aimable des façons puisque le brillant scientifique a dû démissionner après avoir été arrêté et placé en résidence surveillée dans la nuit du lundi 10 décembre. Fin d’une expérience qui ne devait être que provisoire puisque Cheik Modibo Diarra, tout comme le président de la République Dioncounda Traoré, officiait comme premier ministre de transition en attendant la tenue d’élections générales censées doter le pays d’un pouvoir sorti des urnes.
À l’origine de sa chute, il y a une fois encore le capitaine Amadou Sanogo, l’organisateur du putsch militaire du 22 mars 2012 qui avait mis un terme à la présidence très fragilisée d’Amadou Toumani Touré (ATT) et déclenché par ricochet l’offensive des groupes islamistes et touaregs au nord du Mali. Revenus dans leur caserne de Kati, Sanogo et ses hommes n’ont cessé de vouloir influencer le cours de la vie politique malienne, en particulier du moment où le premier ministre, en accord avec le président, s’est engagé dans la voie de l’option militaire pour chasser les islamistes du Nord et restaurer l’intégrité territoriale du pays. Sanogo ne voulait pas en entendre parler, à l’image de son mentor et protecteur Blaise Campaoré, le chef d’État burkinabé, président de la Cedao (Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest) et, à ce titre, médiateur plus que controversé entre les groupes islamistes, les autorités de Bamako et l’Algérie.
Que cherche Campaoré en tergiversant avec les radicaux favorables à l’instauration de la charia dans le nord Mali ? À déstabiliser l’ensemble du pays, affirment les nombreux adversaires du président burkinabé. Il est sûr que le départ forcé de Cheik Modibo Diarra n’aidera guère les institutions maliennes à s’imposer alors que les combattants djihadistes venus des quatre coins du monde rêvent de transformer le Nord en nouvel Afghanistan.
Pour autant, les Maliens ne condamnent pas d’une seule voix les interventions musclées de Sanogo et certains considèrent même qu’il traduit somme toute l’hostilité d’une partie de la société civile à l’égard d’une classe politique très décrédibilisée.
Sans le soutenir, l’altermondialiste Aminata Traoré s’est toujours montrée virulente à l’encontre du pouvoir bicéphale parvenu à la tête de l’État sans en avoir la moindre légitimité. Sans véritable changement rapide au Mali, plaide l’ancienne ministre de la Culture entre 1997 et 2000, tout ne sera que mauvais replâtrage et illusoire effet d’optique, y compris la mise sur pied d’une force interafricaine pour chasser les islamistes.
Dans l’immédiat, le Mali attend un nouveau Premier ministre.
Sans le soutenir, l’altermondialiste Aminata Traoré s’est toujours montrée virulente à l’encontre du pouvoir bicéphale parvenu à la tête de l’État sans en avoir la moindre légitimité. Sans véritable changement rapide au Mali, plaide l’ancienne ministre de la Culture entre 1997 et 2000, tout ne sera que mauvais replâtrage et illusoire effet d’optique, y compris la mise sur pied d’une force interafricaine pour chasser les islamistes.
Dans l’immédiat, le Mali attend un nouveau Premier ministre.
samedi 8 décembre 2012
Les bons apôtres de l'insécurité
Vous avez aimé le (faux) débat sur la «compétitivité» ? Vous adorerez celui sur la «flexibilité»... En éclaireuse des combats décisifs, Laurence Parisot a décrété qu'il était urgent de«détabouïser le mot de "flexibilité"». La patronne des patrons applique à la lettre le principe de base du sarkozysme : accoler l'étiquette de «tabou» à toute conquête sociale que l'on veut ébranler. Ici, c'est le droit à un emploi stable qui est visé. Il faut donc parer l'offensive des oripeaux de la modernité et convaincre que le travail doit s'adapter aux exigences vagabondes du capital comme le pied à la chaussure.
Champion de la lutte contre les tabous, le Figaro pose cette question : «Et si l'on disait le mot en "f" ?» Drôle d'interrogation, puisque les trois quarts des emplois créés sont des emplois précaires, ce qui est le comble de la flexibilité.
>> Lire aussi : Le manège infernal du « toujour plus »
Pourtant, il faut procéder comme si telle n'était pas la réalité, afin de faire triompher l'idée selon laquelle rien n'est plus ringard que de vouloir disposer d'un minimum de sécurité dans sa vie de salarié. Ainsi, les mêmes qui ne cessent d'accuser la gauche (non sans raisons, d'ailleurs) de ne pas avoir pris en compte le besoin de sécurité dans la cité proposent de lever la plupart des barrières destinées à assurer la protection de l'emploi, ce qui déboucherait sur une insécurité professionnelle aggravée. Quand ces grands esprits citent en exemple la «flexisécurité» testée dans les pays du nord de l'Europe, ils omettent de rappeler que ces derniers tentent de combiner flexibilité et sécurité. Eux rêvent de la «flexisécurité» sans sécurité.
Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne, groupe de réflexion néolibéral, explique dans le Journal du dimanche qu'il faut en finir avec le CDD (contrat à durée déterminée) en rendant le CDI «plus simple». En vertu de quoi il propose d'instituer «un CDI ajustable qui correspondrait à une période définie de dix-huit, vingt-quatre mois, etc.».
Résumons. Pour se protéger du CDD, forme suprême de la flexibilité, on créerait un CDI à échéance variable, parfois très limité dans le temps, bref un CDI qui serait à l'emploi stable ce que le Canada Dry est à l'alcool. Le CDI relooké aurait l'odeur du CDI et le goût du CDD.
Si, par hypothèse funeste, un tel schéma entrait en vigueur, le chantage à la mode Renault pourrait être généralisé. En guise de cadeau de Noël avant l'heure, le PDG, Carlos Ghosn, a présenté aux salariés de l'ex-régie publique un plateau-repas avec le menu suivant : soit vous revoyez à la baisse certaines de vos conditions de travail et de rémunération, soit nous délocaliserons en Espagne, là où les ouvriers mettent de l'eau dans leur xérès et du riz de moindre qualité dans leur paella.
Le Monde en tire une morale exprimée par ce titre : «Compétitivité : l'Espagne défie la France». On pourrait aussi dire que le Portugal défie l'Espagne, que la Chine défie le Portugal, que le Vietnam défie la Chine, et que le Bangladesh défie le Vietnam, vu que l'on peut toujours chercher un pays où l'on accepte de travailler plus en gagnant moins. Quand on s'engage dans la course au dumping salarial, le pire est toujours possible.
jeudi 6 décembre 2012
ArcelorMittal retire la candidature de Florange pour le projet européen Ulcos
FLORANGE - C'est un énorme revers pour le gouvernement : le groupe ArcelorMittal a retiré le projet industriel Ulcos, présenté comme le principal espoir de Florange, du programme de la commission européenne qui devait assurer presque la moitié de son financement. La Commission européenne l'a annoncé jeudi 6 décembre .
"ArcelorMittal a informé la Commission qu'il retire le projet Ulcos à cause de difficultés techniques", a indiqué à l'AFP Isaac Valero, porte-parole de la Commissaire en charge du Climat Connie Hedegaard. Ce projet de captage et de stockage du CO2 était le principal espoir de reconversion du site par les syndicats et le gouvernement.
Ulcos est un projet industriel de recherche porté par un consortium de 48 entreprises européennes, dont ArcelorMittal. Il s'agit de mettre au point un procédé de production de l'acier à la fois plus propre et plus efficace. Il repose sur deux composantes : d'une part, le recyclage d'une partie des gaz produits par les hauts-fourneaux et une alimentation de ceux-ci en oxygène pur, ce qui permet d'augmenter leur rendement, d'autre part, la capture et le stockage du CO2 produit pour réduire l'impact environnemental.
mardi 4 décembre 2012
Pourquoi le social-libéralisme est dans l'impasse
PAR MICHEL PINÇON ET MONIQUE PINÇON-CHARLOT
Alors que sa base populaire s'est considérablement affaiblie, le nouveau pouvoir reste prisonnier des dogmes néolibéraux qui le conduisent à pratiquer le grand écart entre ses promesses et ses actes, analyse les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, auteur de «L'argent sans foi ni loi. Conversation avec Régis Meyran» (Textuel, 2012).
François Hollande n'aurait pu être élu président de la République sans l'apport des voix du Front de gauche, ce qui l'a obligé à des promesses de campagne pour une meilleure répartition des richesses entre le capital et le travail. Mais les promesses, une fois de plus, ne valent que pour ceux qui veulent bien y croire. Après cinq ans d'un «président des riches» qui a comblé les plus fortunés de nombreux cadeaux fiscaux, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault n'a augmenté le taux horaire du Smic, hors inflation, que de 18 centimes d'euros (brut) !
Le mépris pour les millions de Français dont les salaires sont au-dessous du revenu médian, qui s'établit à 1 676 € net par mois, ne va pas les inciter à participer davantage à la vie politique. L'abstention a battu des records pour les élections législatives de juin 2012 : 44,6 % des électeurs inscrits ne sont pas allés voter au second tour. C'est le taux le plus élevé pour des élections législatives depuis 1958, date à laquelle il fut de 25,2 %. De 1958 à 1978, l'abstention a régulièrement reculé. Elle n'atteignait que 15,1 % en 1978. Puis elle a augmenté de 1981 à 2012. Cette concomitance avec les élections de deux présidents socialistes démontre que la duperie de la fausse alternative déroute massivement l'électorat notamment populaire.
Au premier tour de l'élection présidentielle, le candidat François Hollande a recueilli 10 272 705 suffrages, ce qui représente 22,3 % des 46 066 307 inscrits. Le chef de l'Etat était donc minoritaire dans les souhaits des électeurs. Ce que soulignent aujourd'hui les réticences des écologistes, pourtant membres du gouvernement, et le peu d'empressement à le soutenir des élus et militants du Front de gauche. Il y a là une faiblesse de la base sociale susceptible de se mobiliser pour soutenir l'action gouvernementale.
Un soutien aussi faible du peuple français a ses raisons. On peut faire l'hypothèse du souvenir amer laissé par les années mitterrandiennes : ce fut l'époque où la dérégulation du système financier a triomphé, soutenue par un ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Bérégovoy, qui a laissé de bons souvenirs dans les beaux quartiers. Le pacte budgétaire et sa «règle d'or», dont la remise en cause et la renégociation avaient été imprudemment mises en avant par le candidat Hollande, sont des signes avant-coureurs des renoncements à venir. Les choix budgétaires de la France sont donc désormais sous le contrôle des experts européens. Le président a, très «normalement», envoyé un message politique clair aux marchés financiers. Le nouveau pouvoir socialiste va bel et bien continuer à appliquer les directives du néolibéralisme et mettre en œuvre une politique d'austérité à perpétuité pour les peuples. Cette reprise à son compte du drapeau de la «compétitivité» va se traduire pour les travailleurs par de nouveaux sacrifices pour les seuls bénéfices du capital et de ses actionnaires.
Au premier tour de l'élection présidentielle, le candidat François Hollande a recueilli 10 272 705 suffrages, ce qui représente 22,3 % des 46 066 307 inscrits. Le chef de l'Etat était donc minoritaire dans les souhaits des électeurs. Ce que soulignent aujourd'hui les réticences des écologistes, pourtant membres du gouvernement, et le peu d'empressement à le soutenir des élus et militants du Front de gauche. Il y a là une faiblesse de la base sociale susceptible de se mobiliser pour soutenir l'action gouvernementale.
Un soutien aussi faible du peuple français a ses raisons. On peut faire l'hypothèse du souvenir amer laissé par les années mitterrandiennes : ce fut l'époque où la dérégulation du système financier a triomphé, soutenue par un ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Bérégovoy, qui a laissé de bons souvenirs dans les beaux quartiers. Le pacte budgétaire et sa «règle d'or», dont la remise en cause et la renégociation avaient été imprudemment mises en avant par le candidat Hollande, sont des signes avant-coureurs des renoncements à venir. Les choix budgétaires de la France sont donc désormais sous le contrôle des experts européens. Le président a, très «normalement», envoyé un message politique clair aux marchés financiers. Le nouveau pouvoir socialiste va bel et bien continuer à appliquer les directives du néolibéralisme et mettre en œuvre une politique d'austérité à perpétuité pour les peuples. Cette reprise à son compte du drapeau de la «compétitivité» va se traduire pour les travailleurs par de nouveaux sacrifices pour les seuls bénéfices du capital et de ses actionnaires.
UN RÉGIME CENSITAIRE
Les manipulations idéologiques et linguistiques ont été reprises par l'Elysée et l'Assemblée nationale, pour continuer à faire croire, dans une inversion totale des valeurs morales et économiques, que le travail coûte trop cher à ces riches et généreux investisseurs qui créent des emplois. Les politiciens du Parti socialiste poursuivent la mise en scène de la défense de l'emploi en France, alors qu'ils savent très bien qu'ils appliquent la politique néolibérale qui a instauré dans les moindres détails du droit français et européen la liberté totale du capital pour délocaliser les emplois ouvriers et de service dans les pays les plus pauvres où la main-d'œuvre est payée au tarif local, celui de la misère.
Comment croire que les socialistes pourraient mener une politique plus douce à l'égard des travailleurs, alors qu'ils sont formés dans les mêmes grandes écoles que les patrons et les politiciens de droite : ENA, Sciences-Po, HEC et, bien entendu, Harvard ? Coupés du peuple avec le cumul des mandats - sur les 297 députés du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, on compte 207 cumulards -, les élus socialistes, dans le souci de faire progresser leur carrière en politique, ont rejoint les intérêts de la classe dominante dont ils sont devenus les alliés objectifs. Tous d'accord pour que, au nom de la «démocratie» et des «droits de l'homme», la vie politique française soit gérée dans un régime, en réalité censitaire, où les élites sociales qui composent l'essentiel des chambres vont promulguer les lois les plus favorables à leurs intérêts et à ceux qu'ils représentent. Comment se fait-il que les ouvriers et les employés, qui sont 52 % de la population active, ne soient présents ni à l'Assemblée nationale ni au Sénat, ou si peu ? Cette absence explique le désintérêt pour la politique que traduit le succès remarquable du parti des abstentionnistes.
Dans la phase néolibérale d'un système capitaliste financiarisé, hautement spéculatif à l'échelle du monde, il n'y a pas d'accommodement possible comme ce fut le cas pendant les Trente Glorieuses où la croissance et un Etat-providence fort autorisaient la redistribution. L'avenir de la présence de l'homme sur la Terre est menacé. Seule une opposition claire à cette économie destructrice rendra possible la construction et la mise en œuvre d'une société ou l'humain détrônerait à tout jamais l'argent sans foi ni loi.
Comment croire que les socialistes pourraient mener une politique plus douce à l'égard des travailleurs, alors qu'ils sont formés dans les mêmes grandes écoles que les patrons et les politiciens de droite : ENA, Sciences-Po, HEC et, bien entendu, Harvard ? Coupés du peuple avec le cumul des mandats - sur les 297 députés du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, on compte 207 cumulards -, les élus socialistes, dans le souci de faire progresser leur carrière en politique, ont rejoint les intérêts de la classe dominante dont ils sont devenus les alliés objectifs. Tous d'accord pour que, au nom de la «démocratie» et des «droits de l'homme», la vie politique française soit gérée dans un régime, en réalité censitaire, où les élites sociales qui composent l'essentiel des chambres vont promulguer les lois les plus favorables à leurs intérêts et à ceux qu'ils représentent. Comment se fait-il que les ouvriers et les employés, qui sont 52 % de la population active, ne soient présents ni à l'Assemblée nationale ni au Sénat, ou si peu ? Cette absence explique le désintérêt pour la politique que traduit le succès remarquable du parti des abstentionnistes.
Dans la phase néolibérale d'un système capitaliste financiarisé, hautement spéculatif à l'échelle du monde, il n'y a pas d'accommodement possible comme ce fut le cas pendant les Trente Glorieuses où la croissance et un Etat-providence fort autorisaient la redistribution. L'avenir de la présence de l'homme sur la Terre est menacé. Seule une opposition claire à cette économie destructrice rendra possible la construction et la mise en œuvre d'une société ou l'humain détrônerait à tout jamais l'argent sans foi ni loi.
samedi 1 décembre 2012
Un bon livre
Professeur émérite de l’Université de Paris Sud (Orsay), Serge Latouche est notamment spécialiste des rapports Nord-Sud et d’une réflexion sur les principaux concepts économiques. Il est l’un des animateurs du MAUSS (Mouvement anti-utilitaire dans les sciences sociales). Plus récemment, il a participé à la fondation de la revue ENTROPIA, revue d’étude théorique et politique de la décroissance.
Caricaturée par ses adversaires en une régression économique et sociale radicale, la décroissance se veut au contraire une perspective d’avenir pour y échapper : celle d’un refus du gaspillage des ressources naturelles, d’une prise en compte de leurs limites qui rendent d’ores et déjà impossible la généralisation à toute la planète du mode de vie occidental. Aussi exige-t-elle un changement radical de paradigme, ce que l’auteur appelle une société de décroissance. Une telle société donnerait un autre sens à la production et à la consommation, réorientant les arbitrages politiques, relocalisant l’économie, limitant les échanges dispendieux mais stimulant la convivialité. Cet appel à la décroissance, qui rencontre de nombreux échos depuis que la crise planétaire a éclaté et que les menaces sur l’environnement se précisent, est aussi un appel à l’imagination.
Le terme «décroissance » sonne comme un défi ou une provocation, même si nous savons bien qu'une croissance infinie est incompatible avec une planète finie. L'objet de cet ouvrage est de montrer que si un changement radical est une nécessité absolue, le choix volontaire d'une société de décroissance est un pari qui vaut la peine d'être tenté pour éviter un recul brutal et dramatique.
Il s'agit donc d'une proposition nécessaire pour rouvrir l'espace de l'inventivité et de la créativité de l'imaginaire bloqué par le totalitarisme économiciste, développementiste et progressiste. Bien évidemment, elle ne vise pas au renversement caricatural qui consisterait à prôner la décroissance pour la décroissance. Celle-ci n'est envisageable que dans une « société de décroissance », c'est-à-dire dans le cadre d'un système reposant sur une autre logique.
Reste le plus difficile : comment construire une société soutenable, y compris au Sud? Il faut en expliciter les diverses étapes : changer de valeurs et de concepts, changer de structures, relocaliser l'économie et la vie, revoir nos modes d'usage des produits, répondre au défi spécifique des pays du Sud. Enfin, il faut assurer la transition de notre société de croissance à la société de décroissance par les mesures appropriées.
À droite comme à gauche, les critiques fusent : comment éliminer la misère dans nos contrées sans croissance ? Quel sens peut bien avoir la décroissance dans les pays du Sud? Qui va soutenir un tel projet : les ouvriers, les classes moyennes? Et si la croissance se résumait à la production de services? À la valeur marchande?
Serge Latouche liste toutes les interrogations, mêlant préoccupations réelles et idées fausses en circulation, pour leur apporter des réponses précises et argumentées qui mettent un terme aux inquiétudes fantasmagoriques qui l’entourent.
Non, la décroissance n’est pas synonyme de croissance zéro ; non, elle n’est pas technophobe. Ce n’est ni un projet antimoderne destiné à nous renvoyer vivre dans des cavernes, ni un programme visant à restaurer un ordre patriarcal communautaire, ni l’instrument qui ferait de nous des chômeurs.
S’il fallait le dire autrement, Serge Latouche parlerait de société d’abondance frugale : voilà la transition économique et politique qu’il nous propose.
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