jeudi 5 mai 2016

Un appel pour gagner à gauche

Un appel pour gagner à gauche
Nous sommes une majorité écrasante contre la loi El Khomri. 71 % des Français. Des millions de manifestants en 6 reprises depuis deux mois. Un million et demi de pétitionnaires, la jeunesse entière, 80 % du mouvement syndical : CGT, FO, FSU, Solidaires, mais aussi des secteurs de la CFDT, de la CFTC, de la CGC et de l'UNSA. Près de 500 conflits sociaux éclatent sur tout le territoire. Le mouvement social est profond, installé et n'a aucune raison de s'arrêter. Les places de nos villes sont occupées, des entreprises commencent à l'être comme l'ont fait les intermittents du spectacle, les premiers victorieux. 80 % de toute la gauche est insurgée, y compris une majorité du Parti socialiste, évidemment éclaté sur ce sujet comme il l'était contre la déchéance de la nationalité auparavant.
Nul ne demandait cette casse maudite d'un siècle de droits du travail, excepté le Medef, et quelques libéraux intégristes excités – malheureusement ministres. Il serait sage pour le gouvernement d'écouter avant qu'il ne soit trop tard, et de retirer ce projet scélérat dont le pays ne veut pas. Même Chirac, il y a dix ans, sut retirer le CPE après l'avoir pourtant fait adopter par un 49 3. Et là, casser 100 ans de progrès des droits des salariés, pour plaire à la seule finance, est totalement intolérable : nous voulons soumettre le bon fonctionnement des entreprises aux droits des femmes et des hommes qui y travaillent, et non soumettre les droits des salarié-e-s aux exigences des entreprises.
L'amender n'a déjà plus de signification : le Medef et la droite ont beau jouer la comédie, feindre qu'il soit dénaturé, vidé de son contenu, cela ne trompe personne, le texte est définitivement pervers, dangereux, n'accumule que des hypocrisies et des ennemis. Il n'a pas non plus de majorité parlementaire.
Le gouvernement Hollande, Valls, Macron, doit donc renoncer le plus vite possible à se fourvoyer davantage dans une rigidité suicidaire.
C'est un très grand danger d'ajouter aux rancœurs à la fin d'un quinquennat où tout aura été donné à l'oligarchie, aux dividendes et au patronat. 41 milliards ont été arrachés à nos biens publics pour être donnés sans contrepartie aux finances privées, lesquelles se sont empressées de spéculer au Panama et de ne créer aucun emploi. Un bilan désastreux avec 6,125 millions de chômeurs, 1,3 million de plus qu'en mai juin 2012 et même la « dette » s'est aggravée de 14 points par rapport au PIB.
Dans notre pays, des millions de militants, d'électeurs de gauche comprennent et refusent de suivre ce désastre jusqu'au bout. D'où l'actuelle explosion sociale. La majorité de gauche du pays cherche sa voie. C'est le retour du balancier en faveur des 99 % contre les 1 % de l'oligarchie. « Vous avez les milliards, nous sommes des millions » tel est le cri lucide de la place de la République où convergent les luttes, avec les syndicats et 20 organisations de jeunesse.
La compromission des principaux responsables de ce désastreux quinquennat, François Hollande, Manuel Valls, Emmanuel Macron, les disqualifient. A travers le mouvement anti loi El Khomri, partout dans le pays, il y a recherche d'un débouché politique victorieux qui puisse donner confiance pour la suite.
Elaborer une nouvelle plateforme
pour rassembler à gauche
Cela passe par la résurgence, le rassemblement de toute la gauche, pour recréer une nouvelle plateforme commune, remobiliser des millions de militants et d'électeurs. C'est le sens de l'appel ci- dessous, que nous avons contribué à initier et que nous signons et diffusons massivement.
C'est le premier pas d'une plateforme qui est en gestation et qui devra être massivement soumise a discussion auprès de millions de salariés et citoyens en vue des primaires qui doivent se tenir les 4 et 11 décembre prochains. Ces primaires, à partir de cette plateforme, devraient permettre de désigner un candidat unique aux présidentielles telles qu'elles sont programmées en avril et mai 2017.
Nous avons l'ambition de construire un vaste projet collectif participatif de toute la gauche.
Car nous savons sans conteste, que s'il y a plusieurs candidats de gauche ce sera le désastre, aucun n'atteindra le deuxième tour de la présidentielle, et le choix sera comme en 2002, entre droite et extrême droite. Certains calculent déjà en se délectant : il ne resterait plus, en juin 2017 qu'à peine 25 députés socialistes, zéro FdG et zéro EELV. C'est vraisemblable hélas. Quels que soient les scores des uns et des autres, rien n'aura plus d'importance, ce sera un suicide collectif. Ce serait alors menaçant et contradictoire avec le retour de balancier à gauche que nous sommes en train de vivre dans le mouvement social. Contradictoire avec la victoire contre la loi El Khomri pour laquelle nous travaillons si fort.
Il faut faire table rase de toutes les divisions actuelles et bâtir un cadre commun : une plateforme de gouvernement positive et simple pour les cinq ans à venir de 2017 à 2022 et il faut proposer à notre peuple de réaliser enfin ce qu'il attendait, tout ce qui n'a pas été fait depuis 2012. C'est possible (comme au Portugal) , on le sent, on le sait, on le peut, en définissant en commun une douzaine de mesures stratégiques, transformatrices au plan social, permettant de résolument redistribuer les richesses d'abord, et de relancer le pays en avant.
Mais nulle sensibilité à gauche ne s'imposera à une autre, nul n'imposera une candidature aux autres. Pas de diktat. Pas de candidat « naturel ». Pas de candidat autoproclamé. Sinon c'est la division et la fin.
Un grand débat citoyen
C'est pour cela qu'il faut un débat citoyen général, un formidable brassage des idées, et un libre et collectif choix de la candidate ou du candidat pour 2017.
L'histoire ne se répète pas, elle apprendra puissamment des primaires précédentes. Les électeurs des primaires 2016, l'actuelle majorité anti loi El Khomri, sauront chercher et trouver un porte-parole de confiance, correspondant au cœur de la gauche. Ayons confiance ! La gauche c'est nous tous et toutes elle sera au rendez-vous, forte, belle, déterminée. De toute façon, tout dépend d'elle. Le ou la candidat choisie sera transformée, charismatique et rassembleur (euse) , et donc, en position de gagner s'il ou elle a suivi ce parcours de discussion et de vote collectif, démocratique. Pas de sauveur suprême mais une construction collective de masse, avec 3 ou 4 millions de participants aux primaires : nous n'aimons pas la présidentielle, ni la personnalisation, mais c'est le seul et meilleur moyen d'en neutraliser les risques et de se doter d'une dynamique victorieuse pour l'emporter au deuxième tour.

Gérard Filoche

dimanche 21 février 2016

Bas les pattes devant le Code du travail

Bas les pattes devant le Code du travail et nos conventions collectives
Retrait immédiat de ce projet de loi 
Rappel Conquis  il y a 150 ans  – 
- Le Code du Travail, comme les conventions collectives, sont valables et s'appliquent sur tout le territoire national, dans toutes les entreprises, et bénéficient à tous les salariés. Le Code du travail a pour objectif de compenser socialement le rapport de subordination économique du salarié à son employeur.
Si par malheur,  ce nouveau projet de loi, énième projet de déréglementation et de flexibilité depuis le tournant de la rigueur de 1982/83,  était adopté, alors le MEDEF pourrait faire exploser le  Code du travail, déjà largement amoindri. 
Comment ?
1) En mettant en avant des difficultés économiques, quelles qu'elles soient, tout employeur pourra éviter l'application du code du travail actuel et modifier tout ou partie des éléments constitutifs du contrat de travail et même licencier !!   En cas de contestation par un salarié du motif de ces licenciements dits « économiques », l'employeur saura par avance combien cela lui coûtera d'abuser du motif de licenciement par le jeu  du barème du montant des indemnités compensatrices fixées, par les prud'hommes.
2) La liste des motifs économiques que l'employeur pourra invoquer ne comporte aucune référence aux bénéfices. Ceux-ci pourront atteindre des sommets, l'employeur pourra licencier, baisser les salaires, changer les horaires… Ces critères économiques font seulement référence au chiffre d'affaires et à la trésorerie.
3) Pour empêcher l'application dans son entreprise du Code du travail ou des conventions collectives le patronat mettra en place un accord d'entreprise dérogatoire au Code du Travail et aux conventions collectives même si les organisations syndicales non signataires représentant 70% du personnel refusent cet accord. 

. Ajoutons parmi toutes ces mesures 
-Les apprentis pourront travailler 10 h par jour et 40 heures par semaine 
- La durée du congé pour décès d'un membre de sa famille n'est plus garantie par la loi 
. En conclusion ce projet de loi vise à permettre le dynamitage complet du Code du travail et des conventions collectives, les premiers bénéficiaires en sont une fois de plus les grands groupes patronaux, les multinationales qui, de plus, en tant que donneurs d'ordre, rendraient les conditions de travail féroces dans les petites entreprises/sous-traitantes. Si un coup d'arrêt n'était pas donné maintenant à cette politique de baisse du coût du travail exigée  par le capital financier,  ce nouveau projet entraînerait la disparition des acquis de 1936 et 1945, et rétablirait les conditions d'exploitation de nos ancêtres. Malgré le bilan désastreux pour les salariés et la population de ces plus de 40 ans d'aides aux employeurs et aux marchés financiers et aux actionnaires, malgré le rejet par l'immense majorité du pays de sa politique, le gouvernement Hollande, à la suite des gouvernements précédents  ose persévérer. A la demande du MEDEF et des multinationales, ils ont même menacés d'imposer ce projet par force avec l'article 49.3 comme pour la loi Macron. Nous pouvons et nous devons les faire renoncer à ce projet désastreux. 
Pour le monde du travail, il est légitime et nécessaire de dire : 

Bas les pattes devant le Code du travail et nos conventions collectives 

Retrait immédiat de ce projet de loi 

samedi 30 mai 2015



INTERCEPTION Low cost:la révolution du transport aérien

mardi 5 mai 2015

Dette, crise, chômage,: qui crée l'argent ?

A voir absolument



Dette, crise, chômage : qui crée l'argent ?
La monnaie fait partie de notre quotidien. Elle est au cœur de nos économies : elle permet les échanges des biens et des services. Pourtant, personne ne sait vraiment qui la fabrique, ni comment elle fonctionne. En partant de ce que tout le monde connait, ce document explique les fondements des systèmes monétaire et bancaire, et en décrypte certaines conséquences. Car c'est bien l'incompréhension du système monétaire par la majorité des citoyens, des journalistes, des politiciens et de nos élites au sens large, qui permet à la finance et aux banques de régner sans entraves.

Ce document citoyen n'a aucune couleur politique. Par des exemples simples, didactiques, il décrit les mécanismes bancaires peu connus, énonce des faits et matérialise des liens avec les principaux enjeux de notre temps. Il débouche sur une critique des systèmes financier, politique et médiatique, et se termine par des objectifs et alternatives fondamentaux pour le monde de demain.

Avec la supervision de deux spécialistes du domaine que sont Gérard Foucher et André Jacques Holbecq, tous deux auteurs de nombreux ouvrages sur le système monétaire, ainsi que des analyses techniques précises comme celle de Jean Bayard, Gabriel RABHI a mit à profit ses compétences en imagerie. La sélection des informations et des principes à exposer, leur simplification sans induire d'erreurs, ainsi qu'une orientation critique de la création monétaire a nécessité six mois de travail.

lundi 13 avril 2015

Le bonus du patron de PSA, Carlos Tavares

Le boss de Peugeot-Citroën s'est octroyé une jolie prime en 2014. Un montant qui peut prêter à débat, même s'il est inférieur à celui de plusieurs ténors du secteur automobile. 
Après le patron de Renault (RNO-89,27 €-0,19 %) , c'est au tour du boss de PSA, Carlos Tavares, de faire l'objet d'une polémique sur sa rémunération. En 2014, le président du directoire a en effet touché un salaire variable de 1,6 million d'euros, en plus de ses 1,1 million en fixe. Un bonus qualifié de "scandaleux" par la CGT du constructeur automobile.
Il est vrai qu'un tel montant peut choquer, alors que PSA est encore en convalescence. Certes, le chiffre d'affaires du groupe a légèrement progressé en 2014 (+1%), à 53,6 milliards d'euros, tandis que le résultat opérationnel courant est repassé dans le vert (905 millions, contre –354 millions l'année précédente). Mais le résultat net part du groupe, de son côté, est resté négatif (-706 millions), signe que les difficultés du constructeur ne sont pas encore totalement enterrées.

Comment Tavares est parvenu à s'octroyer une telle prime en dépit d'une perte nette ? En fait, la part variable de sa rémunération, qui peut atteindre jusqu'à 150% de la rémunération fixe, ne dépendait pas des bénéfices en 2014. 80% de ce bonus était fixé en fonction du "free cash flow" dégagé par le groupe, c'est-à-dire la trésorerie disponible. Un choix qui peut porter à débat… Les 20% restants étaient fonction de critères qualitatifs (réussite managériale, relations avec les actionnaires). Impossible, donc, de vérifier si Carlos Tavares a effectivement rempli son contrat avec brio sur ce point.

mercredi 31 décembre 2014

mercredi 22 octobre 2014

Le gouvernement prêt à brader les réseaux de transport d'énergie

Au moment où l’Autorité de la concurrence dénonce l’erreur de la privatisation des 
autoroutes, le gouvernement s’apprête à consentir une nouvelle rente au privé, en privatisant 
les entreprises de réseaux de transport de l’électricité et du gaz. Le grand bradage des actifs 
publics continue.

Dans la gesticulation quotidienne du gouvernement, chaque jour ou presque une nouvelle annonce
arrive, marquée du sceau de “la fin des tabous”. Contrat de travail, ouverture des magasins le
dimanche, retraite, allocations chômage, professions réglementées… le programme de la Troïka
(Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international), appliqué
avec le succès que l’on sait en Europe du Sud, nous est déroulé quotidiennement.
Un deuxième volet manquait : celui des privatisations. Le nouveau ministre de l’économie,
Emmanuel Macron, qui s’est institué « briseur en chef des tabous » au gouvernement, vient d’ouvrir
le chapitre. « La France a l’intention de céder cinq à dix milliards d’euros d’actifs dans les 
dix-huit mois », a-t-il annoncé cette semaine. Quatre milliards d’euros sont déjà inscrits dans le projet
 de la loi de finance 2015, pour désendetter les finances publiques.
© Reuters
Le petit jeu des futures privatisations a commencé. Les mêmes noms reviennent, car dans ce domaine
, il a déjà beaucoup été fait : la liste des entreprises où l’État est encore actionnaire s’est réduite
comme peau de chagrin depuis vingt ans. On parle donc à nouveau de la cession de quelques pour-
cent supplémentaires dans Orange, GDF-Suez, EDF, Renault…
Manifestement, ces ventes possibles ne sont pas à la hauteur ni des besoins financiers de l’État, ni de
sa volonté de marquer son grand tournant libéral, afin de donner tous les gages voulus à l’Europe.
Très discrètement, le 17 octobre, Emmanuel Macron a dévoilé ses intentions sur le nouveau
programme à venir. Ce n’est ni Renault ou EDF qu’il vise, mais les entreprises de réseau comme
RTE, l’entreprise chargée du transport de l’électricité dans le pays, et peut-être GRTgaz, le
gestionnaire de transport de gaz.« Nous avons des infrastructures existantes dans le pays dans 
plusieurs entreprises publiques de réseau. Notre volonté, c'est de les ouvrir »a-t-il déclaré lors 
d'un colloque de l'Association des investisseurs en infrastructure à long terme. Un auditoire tout
acquis. 
Au moment où la Cour des comptes et l’Autorité de la concurrence démontrent, dans plusieurs
rapports successifs, l’erreur commise avec la privatisation des autoroutes, au moment où certains
demandent leur renationalisation afin que l’État puisse reprendre la main sur la politique de transports,
 le gouvernement n’en tire aucune leçon et s’apprête à céder des infrastructures tout aussi stratégiques
 pour l’énergie.
Bâtis par l’action publique depuis des décennies, parfois à coups d’expropriations payées des queues
de radis, ces réseaux sont l’épine dorsale de toute la distribution d’énergie en France. Ils sont un
élément indispensable pour tout le pays, assurant à la fois sa sécurité et l’égalité des territoires. Ces
entreprises constituent un monopole physique de fait. En quoi est-il légitime de renoncer au contrôle
public pour les mettre dans les mains du privé ?
C’est un vieux projet de la Commission de régulation de l’énergie, farouche adepte de la libéralisation,
 de mettre à bas toute l’intégration verticale du système énergétique français, au nom de la
concurrence libre et non faussée, quel qu’en soit le coût. L’idée est aussi régulièrement agitée à Bercy
 depuis des années. Mais jusqu’à présent, il n’était question que de permettre l’entrée de la Caisse des
 dépôts dans leur capital aux côtés d’EDF ou de GDF-Suez, afin de garder une maîtrise publique sur
l’ensemble. Cette fois, il ne s’agit plus de faire appel à la Caisse mais à des capitaux privés.
Ces actifs, il est vrai, intéressent les financiers. Passages obligés pour toute distribution de l’électricité
 et de gaz, quel que soit le fournisseur, ces entreprises de réseaux touchent un droit sur chaque
livraison. C’est une rente assurée et sans risque, prise sur le domaine public et les consommateurs,
comme peuvent l’être les autoroutes, les aéroports, etc. Tous les actifs qui, comme par hasard, sont
en tête de liste des sociétés à privatiser dans les programmes de la Troïka. Il faut bien des garanties
pour le capital.
Il y a longtemps que les capitaux privés lorgnent sur ces poules aux œufs d’or. Tant de richesses
accumulées ne sauraient rester dormantes. GDF-Suez et EDF, leur société mère, en ont déjà
abondamment profité sans que les administrateurs de l’État qui siègent à leur conseil n'y trouvent à
redire. RTE, filiale d’EDF, a plusieurs fois assuré les résultats de sa maison mère. Cela a permis de
cacher les aventures ruineuses à l’étranger (10 milliards d'euros de pertes en Amérique du Sud, 1,5
milliard en Italie, plus de 2 milliards aux États-Unis) et de verser les dividendes attendus par l’État.
Quand le groupe Suez a mis la main sur GDF, sa première
préoccupation a été de faire remonter tous les trésors cachés de sa
filiale de transport. Il en a tiré plus de 2 milliards d’euros en
quelques années, l’obligeant même à lui verser des dividendes pour
l’emprunt de réseaux qui avaient été apportés gratuitement par l’État
 (lire GDF-Suez la bonne affaire des réseaux gaziers). Là encore,
cela a permis d’arrondir les dividendes versés à l’État. Ce dernier n’a rien dit.
Pour justifier l’ouverture de capital de ces sociétés, Emmanuel Macron a avancé ces explications :
« Il s'agit de libérer du capital de ces entreprises à infrastructures pour qu'elles le remobilisent 
sur d'autres projets et des investissements qu'elles doivent faire. » « Et donc, à ce titre, votre 
présence est utile et nécessaire sur le territoire », a dit le ministre devant un auditoire acquis
d’avance.
La montée en puissance des énergies renouvelables, qui n’obéissent plus du tout aux mêmes schémas
centralisés de distribution électrique, impose de réorganiser et de rebâtir les systèmes de transport pour
 permettre l’intégration de ces productions décentralisées. De même, les interconnexions électriques
aux frontières, qui devaient voir le jour pour construire le grand marché unique de l’Europe de l
’énergie, n'en sont toujours qu’aux balbutiements.
Des moyens, pourtant, ont été libérés. Afin d’éviter « toute subvention cachée » au sein des entreprise
s publiques et de permettre l’arrivée d’une concurrence, les comptes de toutes les activités ont été
séparés. Désormais, les consommateurs paient sur chaque facture une taxe pour la consommation
d’énergie et l’entretien des réseaux de transport. Une taxe qui augmente régulièrement d’ailleurs. Si
tout se passe comme le souhaite le gouvernement, elle est appelée à prendre l’ascenseur au cours des
prochaines années.
Car c’est le montage qui nous est promis. Défendre aujourd’hui l’idée que les capitaux privés vont
participer au développement des réseaux relève de la croyance, de l’acte de foi. Il y a longtemps que
l’ouverture au privé ne permet plus d’apporter des capitaux aux entreprises. Les entreprises cotées qui
 font des augmentations de capital se comptent sur les doigts des deux mains chaque année. La Bourse
 n’est plus là pour financer l’économie, pour apporter des capitaux aux entreprises, mais pour
percevoir des dividendes.
C’est en s’appuyant sur la dette que les acteurs privés développent désormais les projets. L’ouverture
 des entreprises de réseaux au privé ne devrait pas différer de ce schéma. La vente d’une partie du
capital va rapporter quelque argent à l’État, et encore, de façon indirecte puisqu’elles sont filiales
d’EDF ou de GDF-Suez. En contrepartie, ces nouveaux investisseurs vont demander une gestion
« plus dynamique » de ces sociétés. En d’autres termes, qu’elles s’endettent fortement soit
directement, soit par l’intermédiaire de partenariats public-privé – une formule très appréciée au
gouvernement – pour la construction de certains bouts de réseaux. Pourquoi hésiter ? 
Le système est sûr et garanti : à la fin, le consommateur paie. 
Le gouvernement semble prêt à perpétuer ce bradage de l’intérêt général, sans le moindre état d’âme,
au mépris de toutes les expériences passées. Les entreprises de réseau ne sont pas des entreprises
comme les autres. Toutes les privatisations de ce type de sociétés ont abouti aux mêmes échecs : soit
les sociétés privées vivent d’une rente indue, soit les investissements nécessaires ne sont pas faits,
obligeant l’État à intervenir, comme dans le cas des chemins de fer britanniques. Pourquoi en serait-il

autrement cette fois ?

mardi 30 septembre 2014

NOUS AVONS RÉUSSI! La plus grande Marche pour le Climat de l'Histoire!



Chères membres d'Avaaz, chers membres d'Avaaz,

Il y a quelques mois, notre communauté a décidé de relever un défi qui paraissait alors complètement fou: organiser la plus grande mobilisation pour le climat de l'histoire. Dimanche 21 septembre, nous avons dépassé nos estimations les plus audacieuses, 

avec une marche pour le climat *6 fois* plus importante que toutes les autres manifestations précédentes!!! Sur cette photo, vous pouvez voir à quoi ressemblait New York:

People's Climate March

Et voilà un aperçu de Londres, Berlin, Bogota, Paris, New Delhi et Melbourne......




Nous avons été plus de 675 000 à manifester partout dans le monde. Il ne pouvait pas y avoir de preuve d'amour plus impressionnante pour tout ce que le changement climatique menace: quelle belle manière de témoigner de l'espoir que nous partageons, celui de sauver

 ce monde et de construire une société reposant sur des énergies 100% sûres et 
renouvelables. Cliquez ici pour voir quelques images de cette journée:

https://secure.avaaz.org/fr/climate_march_reportback/?bojcmbb&v=47076

Ensemble, nous avons écrit une page de l'histoire - et c'est seulement le début! Le 

Sommet de Paris sera déterminant et aura lieu dans 15 mois - c'est à ce moment-là 
que nous devrons obtenir un accord mondial. En mars de l'année prochaine, les pays participants au sommet de Ban Ki-moon devront avoir annoncé leurs engagements 
nationaux - notre mouvement se répartira alors le suivi de ces objectifs. Mais d'ici au 
Sommet de Paris, nous nous rassemblerons encore à quelques occasions. Notre voix 
sera de plus en plus forte et nous serons de plus en plus nombreux à exiger de nos 
dirigeants une transition vers des énergies 100% renouvelables - et ils ne pourront alors 
rien faire d'autre que de nous écouter. Le mouvement que nous attendions tous est 
enfin là.

Avec un espoir et une énergie renouvelée pour le chemin qui nous reste à accomplir,

Ricken, Emma, Alice, Iain, Nataliya, Patri, Oliver, Diego, Rewan et toute l'équipe d'Avaaz


PS - Nous avons travaillé avec des milliers d'organisations pour que cette journée devienne réalité, en particulier avec nos amis de 350.org. Mais notre communauté peut se sentir 

fière de ses efforts. L'équipe et la communauté des membres d'Avaaz ont joué un rôle 
central dans la quasi totalité des marches et des évènements qui ont eu lieu. Le 
"Guardian" a salué l'"organisation triomphale" d'Avaaz et la BBC a déclaré que "les Marches
 ont fait descendre dans la rue un nombre record de participants, grâce à la puissance d'organisation du mouvement social en ligne Avaaz". Nous avons sélectionné des centaines
 de coordinateurs et des milliers de volontaires, et ce sont les dons des membres d'Avaaz
 qui ont permis de financer cet effort à hauteur de millions d'euros. Notre génération doit
 relever
 un défi qui nous oblige à faire de notre mieux et c'est ce que nous avons fait ensemble -
 nous avons grandi et notre organisation s'est transformée en quelque chose de nouveau
 et d'encore plus efficace, un mouvement en ligne mais aussi hors ligne. Merci beaucoup
à toutes les personnes qui ont permis de réaliser tout cela.





          

mercredi 27 août 2014

Ebola : le mensonge généralisé


Ebola : le mensonge généralisé

Alors que le journal Le Monde parle quotidiennement de « ravages » et de « catastrophe », la réalité est que l'épidémie de virus Ebola reste d'ampleur modeste.
La presse parle de 1229 morts entre mars et août 2014 sur l'ensemble de l'Afrique, et encore ce chiffre n'est-il pas exact.
Si vous vous rendez sur la page du site de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) traitant du sujet, vous vous rendez compte qu'il y a en fait 788 décès formellement identifiés comme causés par le virus Ebola. Les autres sont des cas « suspects » ou « probables ». [1]
Ce sont bien sûr 788 morts de trop, mais il faut comparer aux 1,2 MILLION de morts causés annuellement par le paludisme [2], ou aux 2000 morts causés annuellement en France par la grippe saisonnière. [3]

Très peu de contagion

Les images de soignants portant des masques et des combinaisons intégrales pour s'approcher des malades suspectés sont insensées et dignes d'un mauvais film de science-fiction.
Car le virus Ebola ne se transmet absolument pas si facilement :
« Il faut un contact direct avec un liquide biologique comme le sang, les selles, les vomissures. Il n'y a aucune transmission par voie aérienne. C'est-à-dire que, lorsqu'une personne parle ou tousse, elle ne répand pas le virus Ebola dans l'air ambiant. » explique le Pr Bruno Marchou, chef de service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital de Purpan, à Toulouse. [4]
Autrement dit, le virus Ebola est comparable au SIDA pour son mode de propagation. Il faut vraiment être au contact du sang ou du liquide biologique du malade pour risquer soi-même d'être contaminé.
Cela veut dire, toujours selon le Pr Bruno Marchou, que le virus Ebola :
« n'atteindra pas le stade pandémique. À Conakry (capitale de la république de Guinée), ils avaient initialement plusieurs dizaines de cas parmi le personnel hospitalier. Ils ont réussi, en appliquant des mesures d'hygiène standard simples, à endiguer la propagation du virus parmi leur personnel. »
Ces mesures d'hygiène n'ont rien de sorcier : « Quand on s'occupe d'un patient, on se couvre les mains avec des gants. Si le patient vomit, il faut aussi se couvrir le visage. C'est le b.a-ba. On fait ça tous les jours. » continue-t-il.

«La mort dans 20 à 90 % des cas »

Sandrine Cabu, de Médecins Sans Frontières, interrogée par Le Monde, explique que le virus Ebola entraîne « la mort dans 20 à 90 % des cas ».
Pourquoi une fourchette aussi absurdement large ?
Parce que le virus Ebola est surtout dangereux quand il est mal soigné. Les personnes meurent de déshydratation ou d'hémorragies mais le traitement consiste alors simplement à hydrater ou à transfuser le patient, pas à lui donner un vaccin ni un hypothétique médicament. Il ne faut pas croire ce que prétend l'industrie pharmaceutique qui aimerait pouvoir vendre aux gouvernements une poudre de perlimpinpin comme elle l'avait fait pour le Tamiflu.

« Les nouveaux médicaments ne sont pas la solution contre Ebola », selon un expert en maladies infectieuses

La solution contre l'épidémie consiste à respecter des mesures simples et de bon sens : hygiène, bonne nutrition, vitamine D, vitamine C.
Selon Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des allergies et des maladies infectieuses des Etats-Unis, l'outil le plus efficace contre Ebola est de prodiguer les soins de base aux malades.
« La véritable priorité devrait être de créer des infrastructures médicales dans les pays touchés pour fournir aux malades le soutien médical de base comme l'hydratation et la transfusion sanguine. Cela aura un beaucoup plus gros effet sur la santé que la distribution au hasard de quelques médicaments expérimentaux. » [5]
Selon Thomas E. Levy, auteur d'un article récent sur les remèdes potentiels contre le virus Ebola [6] :
« Jusqu'à présent, il n'y a pas un seul virus testé qui n'ait pas été inactivé par une certaine dose de vitamine C. Un des moyens prioritaires pour détruire le virus, ou programmer sa destruction par le système immunitaire, est d'activer la "réaction de Fenton". En un mot, cette réaction peut se produire à l'intérieur du virus, dans les cellules où les virus se répliquent et à la surface des virus eux-mêmes. »
Il n'y a donc aucune raison de suspecter le virus Ebola de se transformer brutalement en une pandémie à l'échelle de l'Afrique, et encore moins dans le reste du monde.
Mais il n'y aucun doute que cette psychose peut servir les intérêts financiers de quelques-uns. (la suite ci-dessous)
 
Annonce spéciale

Guérir d'Ebola avec un vaccin comme du diabète avec une pilule

Les promesses des pilules qui vous guérissent de tout font souvent obstacle à des solutions réelles, naturelles et... beaucoup plus efficaces. Regardez cette vidéo, elle est truffée d'exemples et de conseils simples et prouvés contre le diabète, l'arthrose, les risques d'AVC, l'hypertension, la dépression...

Suite de la lettre de ce jour :

Semer la panique : un business très lucratif

La panique autour du virus Ebola rappelle évidemment la grippe aviaire de 2005 et la grippe porcine (H1N1) de 2009.
Ces deux « pandémies imminentes » ont été l'occasion de manipuler grossièrement les opinions publiques pour justifier la vaccination en masse des populations, qui s'est révélée entraîner de terribles effets secondaires, dont la narcolepsie, un très grave trouble du sommeil. [7]
En 2009, l'Organisation Mondiale de la Santé a prédit qu'un tiers de la population mondiale pourrait être touchée par la grippe H1N1, avec des effets incalculables. La ministre de la Santé Roselyne Bachelot n'avait alors pas hésité à commander 94 millions de vaccins ! Les Français n'ayant été que 6 millions à se faire vacciner, Mme Bachelot avait, dès le mois de janvier 2010, annulé auprès des laboratoires pharmaceutiques la livraison de 50 millions de doses et fait verser par l'Etat en dédommagement près de 48 millions d'euros aux laboratoires. [8]
Quant au fameux médicament antiviral « miracle », le Tamiflu, son effet réel n'est que de réduire la durée des symptômes de moins d'une journée, sans limiter d'aucune façon les hospitalisations. Une étude britannique a conclu que la distribution de Tamiflu contre la grippe H1N1 a eu pour seul effet de... gaspiller 500 millions de Livres sterling.
En effet, la saison de grippe 2009 se révéla finalement moins grave que d'habitude, malgré la présence de la souche H1N1. De plus, de nombreux prétendus cas de grippe H1N1 se révélèrent ne même pas être des grippes mais de simples rhumes, ce qui n'est pas sans rappeler ce cas de virus Ebola à Berlin qui s'est finalement révélé être... une gastro. [9]

Jouer avec le feu

Toutefois, les titres excessifs martelés par la presse sont à mon avis très dangereux :
« Une épidémie absolument pas sous contrôle, sans précédent », Médecins Sans Frontières, le 30 juillet 2014. [10] [11]
« Le virus Ebola continue de dévaster l'Afrique de l'Ouest », Le Monde, 15 août 2014. [12]
« L'OMS décrète une urgence de santé publique de niveau mondial », France 24, le 20 août 2014. [13]
Cette psychose est en train de semer la pagaille en Afrique, où des gouvernements sont ni plus ni moins en train de fermer les frontières, mobiliser les armées pour réprimer les populations, et même isoler sans raison des dizaines de milliers de malheureux, hommes, femmes, vieillards et enfants mis en quarantaine dans un bidonville du Libéria, sans nourriture ni eau.
« Pour espérer contenir l'épidémie de fièvre hémorragique Ebola qui fait rage au Liberia (…) le gouvernement prend des mesures draconiennes. Deux quartiers de la capitale, Monrovia, ont été placés en quarantaine et sous surveillance sécuritaire, alors que dans le reste du pays, un couvre-feu a été instauré. », Le Monde du 22 août 2014. [14]

"Tirer à vue"

Dimanche 24 août, on apprenait que, au Sierra Leone :
« Le parlement a adopté un projet de loi qui interdit d'héberger des malades. Les contrevenants sont passibles de deux ans de prison. [15] »
Lundi 25 août, pire encore : le gouvernement du Libéria ordonne à ses soldats de "tirer à vue" sur les personnes qui chercheraient à passer la frontière, soit disant pour empêcher l'épidémie de se progager ! [16]
Ces réactions totalement excessives risquent de provoquer une vraie catastrophe humanitaire, bien plus grave que le virus Ebola lui-même.
Des mesures commencent également à être prises contre les Africains au niveau international :
« Au niveau international, les citoyens de ces pays font l'objet d'une quarantaine de plus en plus stricte avec la fermeture des frontières, la suspension des vols de la plupart des compagnies aériennes qui les desservaient, le rapatriement des membres des familles du personnel diplomatique dans ces pays, l'annulation de conférences internationales, la délocalisation d'événements sportifs, etc. » note Rue 89. [17]
En Corée, de véritables réactions racistes éclatent contre les Africains, interdits d'entrer dans certains magasins. [18]

Le mythe du passager infecté dans l'avion

À écouter les autorités et nos journalistes, on croirait qu'une épidémie de virus Ebola peut se déclencher à tout instant en Europe : il suffirait que débarque un Africain touché par la maladie arrivé par avion.
Cette hypothèse est parfaitement irréaliste. Elle ne traduit qu'une ignorance complète de ce qu'est réellement le virus Ebola.
Ne succombons ni à la psychose, ni à une forme de racisme qui ne dit pas son nom.
L'épidémie de virus Ebola ne sera correctement endiguée en Afrique que si toute violence et toute mesure répressive cesse. Qu'on laisse chaque patient être pris tranquillement en charge par un personnel ayant une formation médicale de base, et prenant les mesures d'hygiène évidentes.
N'envoyons ni cargaisons de vaccins en Afrique, ni médicaments. Cela ne servirait qu'à enrichir les laboratoires pharmaceutiques et à provoquer des dégâts bien plus graves par les effets secondaires de ces médicaments.
À votre santé !
Jean-Marc Dupuis 

Sources :

[1] Maladie à virus Ebola en Afrique de l'Ouest – mise à jour

[2] La mortalité due au paludisme plus forte que prévu

[3] Nombre de décès dus à la grippe en France

[4] «Je n'ai pas peur du virus Ebola mais de la panique qu'il va provoquer».

[5] Fauci: New drugs not the best answer for Ebola

[6] Surprising solution for Ebola virus

[7] Des troubles neurologiques rares liés au vaccin anti-H1N1

[8] La grippe h1n1 finit en coûteuse fumée

[9] Alerte au virus Ebola: ce serait en fait une gastro

[10] Ebola: plus de 1.300 cas, 729 décès, 4 pays, une épidémie "sans précédent

[11] Ebola : le Sénégal ferme ses frontières avec la Guinée

[12] Le virus Ebola continue de dévaster l'Afrique de l'Ouest

[13] Ebola : l'OMS décrète une "urgence de santé publique de portée mondiale"

[14] Ebola : au Liberia, un bidonville coupé du monde

[15] Ebola: la Côte d'Ivoire ferme ses frontières ouest

[16] Shoot-on-sight order in Ebola-wary Liberia

[17] Ebola : ignorance, paranoïa et mise en quarantaine

[18] Ebola : ignorance, paranoïa et mise en quarantaine

******************************
          

vendredi 22 août 2014

Le banquier n’est pas un citoyen comme les autres

Baudoin Prot pourrait quitter la présidence de BNP-Paribas. Mais n'ayons crainte : notre homme ne se retrouvera pas une main devant, une main derrière. S'il part, il bénéficiera d'une prime de 150 000 euros, de jetons de présence à hauteur de 104 000 euros et, pour couronner le tout, d'une belle retraite d'un demi million d'euros par an. La patrie du fric sait être reconnaissante envers ses grands serviteurs...

Baudoin Prot à la sortie de l'Elysée, en 2009 - MEIGNEUX/SIPA
Baudoin Prot à la sortie de l'Elysée, en 2009 - MEIGNEUX/SIPA
Les jours de Baudoin Prot semblent comptés. Le président non exécutif de BNP-Paribas ne survivrait pas (professionnellement parlant) au choc de l’amende record infligée par les autorités américaines pour non respect des privilèges du dollar, qui permettent aux Etats-Unis de frapper n’importe quel établissement ne respectant pas sa loi intérieure. En l’occurrence, BNP-Paribas, qui a commercé en dollars avec des pays sous embargo américain, a payé pour un abus de position politico-monétaire dominante qui ferait scandale en d’autres latitudes. Passons. 

Toujours est-il que Baudoin Prot risque d’en supporter les conséquences. A 63 ans, il pourrait goûter les joies de la retraite plus tôt que prévu. On ne va pas le plaindre pour autant. En effet, son statut d’assisté de la finance lui permet de voir venir le choc de la fin de carrière sans les angoisses du citoyen ordinaire. 

Le magazine Capital (qui porte bien son nom) a détaillé le train de vie du futur retraité. Primo, BNP-Paribas s’est engagé à lui verser une poire pour la soif, sous forme d’une une prime de départ de 150 000 euros. Secundo, Baudoin Prot continuera à toucher les jetons de présence encaissés pour avoir l’honneur de s’asseoir sur les fauteuils des trois sociétés où il exerce son mandat d’administrateur (Kering, Lafarge, Veolia Environnement), estimés à 104 000 euros.Tertio, le banquier, qui a touché un salaire de 1,2 million d’euros en 2013 aura droit à une retraite dorée payée par BNP-Paribas jusqu’à l’extinction de ses feux personnels, soit la modique somme de 522 432 euros par an, autrement dit 45 000 euros par mois, bref l’équivalent de 37 smic pour service rendus à la patrie du fric. 

Ainsi va la vie chez nos amis les banquiers. Eux qui aiment à dénoncer le prétendu « coût du travail », le niveau inacceptable du smic, la rigidité du marché de l’emploi, le droit social inextricable, le poids exorbitant de la fiscalité, les privilèges des retraités ou les dépenses publiques excessives... Eux, donc, savent préparer leurs arrières. Au nom de la défense des « talents » (particularité génétique dont les pauvres seraient exclus), ils se mitonnent des statuts très particuliers qui sont aux antipodes des principes qu’ils prônent pour autrui. 

Baudoin Prot n’est pas un cas à part. Il est simplement fort représentatif de ces oligarques qui ont pignon sur rue dans la France d’aujourd’hui, au nom du « toujours plus » en vigueur dans cette caste. Et pas question de toucher à leurs prébendes ou de mettre la moindre limite à leurs émoluments. Ainsi, pendant que l’on s’attaque aux professions réglementées (non sans raison, parfois), on en laisse d’autres, qui tiennent les postes de commande, vivre dans l’opacité de la dérèglementation générale qui est à la porte ouverte à tous les abus.  

vendredi 30 mai 2014

Thomas Coutrot : « 59% de la dette publique est illégitime »


EMMANUEL LÉVY ET BRUNO RIETH

Qu’est-ce que la dette publique ? D’où vient-elle ? A qui profite-t-elle ? Et comment peut-on vraiment la résorber ? A l’heure des grandes cures d’austérité, le Collectif pour un audit citoyen de la dette publique (CAC), qui rassemble des associations militantes, publie aujourd’hui un diagnostic précis de la dette française. Thomas Coutrot, économiste et porte-parole d’Attac France, qui a participé à la rédaction de ce rapport, nous éclaire sur cette dette qui sert parfois de prétexte aux pires décisions politiques... 


Thomas Coutrot : « 59% de la dette publique est... par Marianne2fr Pour tout savoir sur le CAC et les associations qui en sont membres, cliquez ici.

Pour consulter l'audit de la dette publique française, cliquez ici ou téléchargez-le en cliquant sur le lien ci-dessous.


mardi 27 mai 2014

La Crise! quelle crise?

Les marchés croulent sous les dividendes 228 Mds de dollars distribues au 1er trimestre. +31% sur 1 an Le Figaro Eco

Permalien de l'image intégrée


          

mardi 20 mai 2014

S’affranchir du mythe de la croissance et reprendre la main

Les politiques actuelles ne marchent plus. Il faut en finir avec cette idée que sans croissance rien n’est possible, affirme l’économiste Jean Gadrey, membre du comité de soutien du parti Nouvelle Donne. Nul besoin d’attendre une hypothétique croissance pour partager le travail, réduire la pauvreté et la précarité, ou taxer les transactions financières.
Il est temps d’en finir avec cette idée du candidat François Hollande en 2012, reprise sans cesse par le Président, selon laquelle « sans croissance, il n’y a pas de redressement économique, pas de création d’emploi » et même pas de progrès social possible. Cette idée nous condamne à l’impuissance politique.
Il n’y a nul besoin d’attendre la croissance pour s’en prendre à l’excès de dividendes et de profits non réinvestis, pour séparer réellement les activités de banques de dépôts et de banques d’affaires, pour négocier un partage équitable du travail tout au long de la vie, pour mettre en place une vraie taxation des transactions financières, pour une révolution fiscale progressive, pour réduire fortement la pauvreté et la précarité en un an, pour lancer un plan massif de réhabilitation thermique et d’énergies renouvelables… Aucune des 31 mesures du programme de Nouvelle Donne pour les élections européennes n’a besoin que l’on attende la croissance, bien que tout y figure pour qu’on sorte de la déflation actuelle, en particulier en reprenant la main sur la finance et la création monétaire.
D’innombrables travaux montrent que, dans le groupe des pays les plus « riches » au sens usuel, les indicateurs de développement humain, de bien vivre, de santé et d’éducation, de délits et violences… n’ont plus aucun rapport avec le niveau du PIB par habitant. Les « politiques de croissance » ne marchent plus, elles ont même des effets pervers. Il faut des politiques de civilisation, d’ailleurs bien plus riches en emplois.
De plus en plus d’économistes estiment que, d’une part, la croissance ne reviendra pas, ou seulement à des taux très faibles, et que, d’autre part, selon Thomas Piketty,« le retour de la croissance ne résoudra pas l’essentiel des défis auxquels les pays riches doivent faire face ». Daniel Cohen nous invite quant à lui à nous « affranchir de notre dépendance à la croissance ».
Plus important encore, le retour – très improbable – d’une croissance « à l’ancienne » n’est pas souhaitable si l’on pense à l’avenir de notre biosphère, un avenir qui a commencé à se conjuguer au présent, sous la forme de catastrophes dont la fréquence et la gravité augmentent. Ce retour aggraverait encore la pression écologique des activités humaines, dont le réchauffement climatique, et accélèrerait la destruction des écosystèmes dont dépend le bien-être humain.
En 2013, c’est vers le 20 août que l’humanité a fini de consommer le flux de ressources naturelles renouvelables que la nature peut lui fournir en un an, et qu’elle a donc commencé à vivre à crédit en prélevant dans les réserves de la « banque mondiale des ressources naturelles ». Or ces réserves sont limitées. On ne peut pas très longtemps bruler ses meubles pour se chauffer.
La déraison est du côté des mystiques de la croissance, la raison du côté de la gestion commune de biens communs écologiques et sociaux, y compris la monnaie et le crédit.
Jean Gadrey, économiste et membre du comité de soutien de Nouvelle Donne

vendredi 9 mai 2014

Cadeau aux banques

Après 30 milliards d’euros de cadeaux aux patrons
25 milliards d’euros de cadeaux aux banques

Patrick Saurin (Médiapart)
Le 7 mai 2014
En 2013, le gouvernement avait glissé dans le projet de loi de finances pour 2014 un article 60 (devenu article 92) particulièrement scandaleux qui prévoyait, en contrepartie de la mise en place d’un modeste fonds de soutien aux collectivités, une mesure de validation législative rétroactive de l’irrégularité des contrats de prêts tirée du défaut de stipulation du taux effectif global. Par cette disposition, l’État, porteur du risque des 8,5 milliards d’euros d’encours toxiques qu’il avait repris à DEXIA, essayait de se prémunir de façon déloyale et malhonnête contre la jurisprudence des tribunaux civils défavorable aux banques, quitte à en faire payer le prix aux contribuables. Nous avions déjà à l’époque exposé et dénoncé les vices de ce dispositif[2].
Heureusement, saisi par des députés et des sénateurs, le Conseil constitutionnel a annulé deux des trois paragraphes de l’article 92 dans une décision du 29 décembre 2013[3]. Le Conseil a rejeté la validation rétroactive des contrats dépourvus de taux effectif global (TEG) au motif que la validation rétroactive des contrats dépourvus de TEG « s’applique à toutes les personnes morales et à tous les contrats de prêts en tant que la validité de la stipulation d’intérêts serait contestée par le moyen tiré du défaut de mention du taux effectif global ; que, d’une part, ces critères ne sont pas en adéquation avec l’objectif poursuivi ; que, d’autre part, cette validation revêt une portée très large ; que, par suite, les dispositions contestées portent une atteinte injustifiée aux droits des personnes morales ayant souscrit un emprunt. » Le Conseil a également confirmé le remplacement du taux initial par le taux légal pour les contrats dépourvus de TEG en relevant que la loi aurait eu pour conséquence de modifier une sanction (la mise en place du taux légal en lieu et place du taux du contrat dépourvu de TEG) ; le conseil a considéré que de telles dispositions n’avaient rien à faire dans un projet de loi de finances. Seule, la création du fonds de soutien a été validée par le Conseil constitutionnel.
Aujourd’hui, chassé par la porte, le gouvernement revient par la fenêtre avec un projet de loi déposé le 23 avril dernier au Sénat[4] qui, à défaut de prévoir la validation rétroactive par la loi des contrats de prêts irréguliers, propose de le faire de manière conventionnelle « par tout écrit ». En clair, il est demandé aux collectivités de signer avec les banques un « pacte d’irresponsabilité » par lequel les collectivités s’engagent à exonérer les banques de leurs turpitudes. En contrepartie de quelques miettes hypothétiques octroyées par un fonds de soutien famélique, les personnes morales de droit public sont invitées par le gouvernement à prendre en charge l’essentiel des surcoûts provenant des emprunts toxiques et à renoncer à leur droit d’agir en justice. Le projet de loi est accompagné d’une étude d’impact particulièrement édifiante quant à l’ampleur du problème généré par les emprunts toxiques et à l’état d’esprit du pouvoir socialiste. Selon les rédacteurs de l’étude, le risque financier pour l’État est estimé à 17 milliards d’euros[5]. Précisons que ce montant ne concerne que les 8,5 milliards d’encours toxiques de Dexia repris par la SFIL[6] car aux 17 milliards d’euros, il faut ajouter le coût du risque provenant des encours toxiques des autres banques françaises et étrangères. Au final, le risque représenté par la totalité des emprunts toxiques dépasse probablement les 25 milliards d’euros[7], une somme à côté de laquelle le montant du fonds de soutien semble bien dérisoire[8]. En effet, ce fonds sera alimenté à hauteur de 100 millions d’euros par an pendant 15 ans maximum, ce qui représente au plus en tout et pour tout 1,5 milliard d’euros, soit 6 % du coût du risque. Par ailleurs, les banques ne contribueront que pour moitié au financement du fonds, soit au maximum 750 millions d’euros sur 15 ans, une somme représentant seulement 3 % du coût total estimé du risque qu’elles ont généré, les 97 % restants étant à la charge des contribuables locaux et nationaux. Une autre déficience de ce fonds tient à ce que l’aide qu’il est susceptible d’accorder est limitée à 45 % maximum du montant des indemnités de remboursement anticipé dues. Mais le plus important est que pour bénéficier de ce fonds, la collectivité a l’obligation de passer une transaction avec la banque et de renoncer ainsi à toute action en justice. C’est là le point le plus contestable de ce dispositif, puisqu’il revient à entériner la possibilité pour des contractants de s’affranchir des lois et des réglementations au seul motif qu’ils en auraient convenu. Si l’on donne aujourd’hui la possibilité aux banques de s’affranchir de leurs obligations en matière de TEG, pourquoi ne leur donnerait-on pas demain la possibilité de s’exonérer du taux d’usure face à des emprunteurs en situation de faiblesse. Et pourquoi cette pratique ne serait-elle pas étendue au monde du travail par une loi qui permettrait à des employeurs de valider rétroactivement le versement à leurs salariés d’une rémunération inférieure au SMIC, au motif que ces salariés, sous la pression d’un chantage à l’emploi, auraient accepté par convention d’entériner une telle pratique. En définitive, le projet de loi du gouvernement revient ni plus ni moins à reconnaître valables des conventions dont l’objet et la cause sont illicites, et ce en violation de l’article 6 du code civil qui prévoit qu’ « on ne peut déroger, par des conventions particulières, aux lois qui intéressent l'ordre public et les bonnes mœurs », et des articles 1108, 1128 et 1131 du même code relatifs à la licéité de l’objet et de la cause des contrats.
L’étude d’impact qui accompagne ce nouveau projet est proprement révoltante. En effet, le document propose un exemple destiné à chiffrer l’hypothétique manque à gagner d’une banque dont un emprunt de 10 millions d’euros sur 20 ans verrait son taux d’intérêt fixe de 3 % remplacé par le taux légal actuellement de 0,04 %. Les rédacteurs évaluent le préjudice pour la banque à 3,441 millions d’euros. Dans leur exemple, ils font état d’un différentiel d’intérêts entre deux taux fixes – or nous savons que la période risquée des emprunts toxiques est à taux révisable – mais surtout, ils se gardent bien de calculer le surcoût, bien réel celui-là, que doivent payer aujourd’hui les collectivités pour des emprunts dont le taux, indexé sur la parité de l’euro et du franc suisse, varie actuellement entre 9 % et 12 %. Dans l’hypothèse d’un taux de 12 %, le surcoût total pour la collectivité est de 13,332 millions d’euros par rapport à un taux fixe de 3 %, et de 16,733 millions d’euros par rapport au taux légal de 0,04 %. Le fait que l’étude d’impact n’ait pas évoqué ce cas de figure montre la partialité et la déloyauté du gouvernement entièrement acquis à la cause des banques.
Le nouveau projet de loi du gouvernement nous paraît tout aussi anticonstitutionnel que le précédent en ce qu’il contrevient aux droits de la défense et n’apporte pas la preuve de risques constituant des motifs d’intérêt général pouvant justifier le recours à des mesures de validation législative. En effet, la Conseil Constitutionnel considère que la seule considération d’un intérêt financier ne constitue pas un motif d’intérêt général autorisant le législateur à faire obstacle à une décision de justice déjà intervenue et, le cas échéant, d’autres à intervenir. Si, comme le soulignait le député Charles de Courson lors de la discussion des amendements de l’article 60, « le rôle du législateur n’est pas de blanchir des banques ayant commis une faute »[9], à plus forte raison le rôle du Conseil Constitutionnel ne doit pas être de donner un blanc-seing au législateur lorsqu’il méconnaît l’intérêt général dans le seul but d’exonérer les banques et de s’exonérer lui-même, sachant que la SFIL et la CAFFIL tireraient bénéfice du projet de loi.
L’entêtement des pouvoirs publics à exonérer les banques de leurs responsabilités et à faire supporter la charge des emprunts toxiques par les collectivités et les contribuables ne donne que plus de raison d’être et de légitimité à l’action citoyenne pour obliger les banques à supporter l’intégralité des surcoûts liés aux emprunts toxiques. Après avoir mené un premier travail d’audit de la dette locale et d’information auprès de la population, des citoyens réunis en collectifs se préparent à passer à une nouvelle étape consistant à attaquer les banques en justice dans le cadre d’une action rarement utilisée, connue sous le nom d’ « autorisation de plaider », qui permet à des citoyens d’agir en justice à la place d’élus défaillants[10]. La question de l’annulation de la dette illégale et illégitime est donc plus que jamais d’actualité aujourd’hui en France.

jeudi 1 mai 2014

Les cinq martyrs de Chicago

Les cinq martyrs de Chicago

Grève à McCormick (Chicago) 3 mai 1886

Tableau de F. Costantini

Tableau de F. Costantini: Grève à McCormick

On notera que les visages des 4 policiers sont ceux de 4 Présidents des Etats-Unis.[1]
La brutalité de la répression policière dans la grève ouvrière de l’entreprise McCormick va provoquer un rassemblement de protestation, organisé par les anarchistes à Chicago. Cette manifestation pacifique est interrompue par la police, mais une bombe d’origine inconnue éclate au milieu de ce rassemblement et les policiers en panique vont se tirer les uns sur les autres et sur la foule.
Les morts et blessés au cours de cet événement seront l’occasion d’une dure répression: des anarchistes seront condamnés à mort, en dépit de leur innocence manifeste. Haymarket sera ainsi à l’origine de la célébration du premier mai, partout dans le monde, sauf aux Etats-Unis.

Aux origines du 1er mai

Les Cinq martyrs de Chicago par Rudolf Rocker

Quels hommes et quels événements furent tragiquement à l’origine du choix de cette date comme journée internationale de revendications.
La date du premier mai 1886 avait en effet été choisie quelque temps plus tôt par les deux grandes organisations ouvrières américaines, l’IWPA [2], et l’AFL [3], pour un gigantesque mouvement de grèves sur le plan national si d’ici-là ces deux organisations n’avaient pu obtenir la journée de huit heures pour laquelle elles se battaient depuis longtemps déjà.
C’est à Chicago où le gros patronat local s’était acquis une forte réputation de dureté que le drame allait éclater. S’il ne se passa rien ce premier mai 1886 à Chicago, six ouvriers grévistes étaient dès le lendemain abattus par la police. Ce fut au meeting de protestation qui eut lieu le soir même qu’un agent provocateur jeta une bombe parmi l’assistance. Cet événement servit de prétexte à l’une des plus féroces répressions dont le mouvement ouvrier fut la victime.
Pour bien faire les choses, la justice s’abattit sur les militants les plus en vue. Parsons, Spies, Fielden, Schwab, Engel, Fischer, Lingg et Neebe furent inculpés de conspiration et de meurtre.
Cinq de ces militants, tous anarchistes, furent condamnés à mort.
Lingg n’ira pas jusqu’à la potence, il se suicidera dans sa cellule. Les quatre autres seront pendus le 11 novembre 1887.
Voici quels furent ces "martyrs de Chicago" qui se battirent et moururent pour autre chose que de beaux bulletins de paye ou des brins de muguet.
Le Monde Libertaire, Mai 1976, n° 222
Trad. de Solidaridad Obrera par Carmen

Louis Lingg

Le confectionneur (mais non poseur) de bombes de dynamite, Louis Lingg, naquit le 9 septembre 1864 à Mannheim (Baden) en Allemagne.
De parents pauvres, il connut très vite les désagréments de la misère.
À treize ans, un événement le marqua profondément. Ça se passait en hiver. Son père qui travaillait pour un négociant en bois, était occupé dans la scierie de la localité. Une poutre roula sur la glace du Rhin. Le père essaya de la retirer mais la glace se rompit et il resta immergé. Il fut sauvé mais le froid lui causa une maladie dont il ne se remit jamais. Son exploiteur fit ses calculs, commença par réduire son salaire et, dans un deuxième temps, prétextant de mauvaises affaires, le limogea.
Louis Lingg devint menuisier et fit son apprentissage dans la Wanderschaft. Il voyagea dans le sud de l'Allemagne et en Suisse. À Berne, il se mit en rapport avec des anarchistes.
À cette époque, le mouvement anarchiste était à son apogée en Suisse. La propagande par le fait, les attentats contre la police de Vienne battaient également leur plein ainsi que les sombres affaires de Merstallinger, Eisert, Lettinger, etc., où Kammerer et Stellmacher furent pendus.
La Suisse était le centre des complots et il est probable que le jeune Lingg qui n'avait pas encore vingt ans fut attiré par tout cela. Le fait est que Lingg connut Kammerer. Les mesures prises par le Conseil fédéral suisse contre les anarchistes étrangers et le désir d'échapper au service militaire firent que Lingg émigra aux États-Unis.
Il arriva à Chicago en 1885 et tout de suite adhéra au mouvement anarchiste. Il y avait dix mois qu'il était là lorsque se déroulèrent les faits du Haymarket. Durant le procès on apprécia vivement son valeureux comportement. Le 16 mars 1888, Freiheit (journal anarchiste qui paraissait en langue allemande simultanément en Amérique et en Allemagne, fondé et animé par Johan Most) publiait quelques pensées de Lingg qu'il rédigea en prison. Les voici:
Qu'est-ce que l'anarchie ? Une existence humaine digne, durant toute notre vie car elle garantit à tous la parfaite liberté individuelle par laquelle les besoins de l'homme sont satisfaits dans la répartition équitable des productions de la communauté.
La société libre anarchiste trouve ses limites dans celles de la terre. L'anarchie consiste à garantir la plus grande part de bonheur pour tous. Cet objectif s'obtiendra par l'extirpation totale de la domination. Cette domination est personnifiée par les exploiteurs et les tyrans.
Après l'abolition de la domination, les travailleurs s'organiseront en accord avec leurs capacités et leurs besoins.
La centralisation, c'est-à-dire la soumission des divers groupes de production et de consommation sous le contrôle d'un groupe composé d'individus dominateurs ou d'une majorité de gens autoritaires, n'est pas recommandable car elle établirait une nouvelle domination et rendrait illusoires les objectifs évidents de la société libre et anarchiste.

George Engel

Engel communiqua sa biographie de la façon suivante:
Je suis né le 15 avril 1836 à Kassel (Allemagne). Mon père était un pauvre maçon. Il mourut alors que j’avais huit ans. À onze ans, ma mère me quitta aussi, morte du choléra. Mes frères furent expédiés à l’hospice et moi je fus confié à une famille pauvre pour 25 marks de pension. Ces gens-là me faisaient crever de faim et souvent je devais aller mendier un bout de pain auprès des voisins.
À quatorze ans, on me laissa libre. Je cherchai un cordonnier qui me prenne comme apprenti, mais on ne voulut pas de moi parce que j’étais tout en guenilles. Je fis la route jusqu’à Francfort à pied et là je fus embauché. En 1856, je me décidai à pratiquer la "Wanderschaft" (pérégrination professionnelle très fréquente en Allemagne, qui regroupait tous les ouvriers manuels errant à travers le pays), et c’est comme ça que j’ai vu du pays, Mainz, Cologne, Bremen, Hambourg, Schleswig, Vienne, Budapest et Rome. Revenu à Schleswig en 1864, je m’incorporai dans une compagnie pour combattre le Danemark. Après la dissolution des "corps francs", je retournai en Prusse et en Autriche pour pratiquer de nouveau la Wanderschaft.
Après de nombreux autres voyages, je décidai de me fixer à Mecklenburg et je me mariai. Après une faillite, j’émigrai en Angleterre où je trouvai une occupation à Winsford. Je suis resté là un an, après quoi je suis parti aux Amériques.
À Philadelphie, j’ai attrapé une maladie de la vue et j’ai dû me faire hospitaliser. En 1874, je vins à Chicago et pris une affaire de tabac alors que j’étais presque aveugle. Les écrits de Conzett m’amenèrent au socialisme. Je devins membre actif de la Lehr-und-Wehrverein et pris part au mouvement politique du Parti ouvrier socialiste.
Lorsque nous fûmes trompés par les politiciens de Chicago durant les élections, je me suis tourné vers la social-démocratie radicale puis vers l’anarchisme.

Adolph Fischer

"Je suis typographe de métier et j’ai 25 ans. Je suis né à Bremen, Allemagne. À 15 ans, je vins aux Amériques. À Little Rock (Arkansas) où mon frère Wilhelm (Guillermo) publiait "Arkansas Staats Zeitung" (Gazette de la cité d’Arkansas), j’appris donc le métier de typo. Après j’ai travaillé à "La Voix du Peuple de l’Est", à Saint-Louis et depuis 1889, je suis membre de l’Union des typographes.
J’ai appris de très bonne heure les principes du socialisme... En 1881, je me suis marié et j’ai déménagé à Nashville (Tennessee). Quelques mois après, on est reparti à Cincinnati et c’est là que j’ai adhéré au Parti ouvrier socialiste. J’ai travaillé un petit moment à "La Presse Libre" de Cincinnati, et à "L’Ami du Peuple", et très vite je me suis vu refuser partout à cause de mes activités.
Après bien des ennuis financiers, nous débarquâmes à Chicago, ma famille et moi. J’ai tout d’abord travaillé à "La Presse Libre de Chicago", puis à "Arbeiterzeitung", où je devins chef typo".
Au sujet de sa participation dans la prétendue conspiration qui devait avoir inspiré les faits de Haymarket, Fischer déclara devant le tribunal:
"Dans l’affaire de la bombe de Haymarket, je suis aussi innocent que le ministre Grinnel. Je ne nie pas que j’ai été de ceux qui ont organisé le meeting, mais le meeting n’avait pas pour objectif l’application de la violence et la perpétration de crimes.
Le meeting avait été organisé pour protester contre la violence et les crimes exercés par la police quelques jours auparavant aux usines Mac Cormick... Je ne nie pas non plus que dans le tract invitant le public on pouvait lire: "Travailleurs, venez armés !" et nous avions raison de dire cela aux ouvriers car nous ne voulions pas qu’ils soient fusillés au cours du meeting comme cela s’est produit dans d’autres occasions.
Lorsque les tracts furent imprimés et que Spies en lut un, il me dit: "Fischer, si on diffuse ces tracts, je ne parle pas". On ne diffusa donc pas ces tracts et Spies parla. C’est tout ce que j’ai à voir avec la réunion.
Le verdict prononcé contre moi n’est pas destiné à punir un assassinat mais l’anarchisme. J’ai la conviction d’avoir été condamné à mort parce que je suis anarchiste et non pour être délinquant.
Je n’ai jamais commis un crime, mais je connais quelqu’un qui est en passe de devenir un criminel, celui qui m’a accusé et fourni des témoins, le financier Grinnel.
Cependant si les classes dirigeantes croient se débarrasser des anarchistes et de l’anarchisme, ils se trompent lourdement, car pour les anarchistes les principes sont plus importants que la vie. Un anarchiste est toujours prêt à mourir pour ses idées, mais dans cette affaire je suis faussement accusé. Je suis condamné pour être anarchiste et c’est tout ce que j’ai à dire."

Albert R Parsons

Parsons raconta sa vie à un reporter alors qu’il était à la prison de Cook Country. Celui-ci la livra à la publicité comme suit:
Je suis né le 20 juin 1848, à Montgomery (Alabama), États-Unis. Mes ancêtres quittèrent l’Angleterre pour les Amériques en 1632 et s’installèrent dans les environs de Narranganset- Bay. C’étaient des puritains. Mon père était natif du Maine et ma mère du New Jersey. J’avais 5 ans lorsque mourut ma mère et je fus envoyé au Texas avec un frère marié.
De là, nous allâmes à Johnson Country, où nous restâmes 2 ans. Après quoi on alla voir du côté de Hill Country; puis on me refila à une soeur mariée avec qui je repartis au Texas, à Waco. En 1859 je fus embauché comme apprenti typographe dans l’imprimerie du "Galveston Daily News" (quotidien de Galveston), où je suis resté 7 ans.
Quand la guerre éclata en 1861 contre le Sud, je m’engageai dans une compagnie de volontaires appelée "Lone Star Rifles".
Mes premières expériences en tant que soldat se déroulèrent au cours d’un voyage que je fis à bord d’un bateau de passagers, le "Morgan", transformé en bateau de guerre pour arrêter le bateau fédéral "Star of the West". Après une semaine passée dans le golfe de Mexico, nous arrivâmes à Corpus Christi, où nous trouvâmes l’armée du général Smigg qui avait fait évacuer les forts des frontières du Texas. Nous revînmes à Galveston où ma compagnie fit de longues marches sur terre pour se retrouver avec l’armée du général Lee, en Virginie.
Comme j’étais trop jeune pour supporter la fatigue, on m’abandonna en chemin. Quelques mois après, j’arrivai du côté de Sabine où je m’engageai dans une compagnie d’artilleurs; j’y restai un an à peu près, jusqu’à ce que nous fussions tous réformés par la loi de conscription. J’ai fini la guerre vers 1865 dans la brigade du général Parsons...
Après toutes ces pérégrinations je suis revenu à Waco où j’ai été pendant six mois à l’école, à la suite de quoi je suis devenu professeur ! Tout de suite après, j’ai fondé un journal intitulé "The Spectator" (le Spectateur). Je l’ai rédigé et publié dans le seul but de voir la reconstruction du Sud par le Nord. C’est avec ces idées-là que j’ai adhéré au Parti républicain, qui, à cette époque, défendait la race noire contre l’esclavage. Me mêler de la défense des noirs ne m’a apporté que des ennuis de la part de mes parents et amis. Les négriers étaient si furieux contre moi, que j’ai été plusieurs fois menacé de mort; j’ai même reçu un coup de matraque d’un banquier parce que j’avais déclaré en sa présence que jamais je ne cesserais de défendre les droits de mes frères de couleur.
Je fis une série de discours déclarés incendiaires par les esclavagistes. En 1871, je fus élu lecteur du Sénat de l’État du Texas. Le gouverneur en profita pour me nommer également colonel de la milice. En tant que tel, j’ai rendu bien des services pour le remplissage des urnes en protégeant les pauvres noirs dans leurs droits civils qui étaient poursuivis et assassinés par les membres du Klux.
En 1873, je vins à Chicago. J’adhérai aussitôt à l’Union des typographes et j’en suis encore membre. Mon premier emploi de typographe je l’ai eu à l’"Inter-Ocean" et trois ans après je travaillai pour le Chicago Times.
En 1875 je m’affiliai au Parti ouvrier socialiste, et l’année suivante à l’Ordre des chevaliers du travail, dont je suis encore membre.
La même année, les socialistes me nommèrent candidat au Conseil et en 77, je fus viré du "Times" pour avoir participé à la grande grève des typographes au mois de juillet. L’avalanche d’élections continua ainsi; en décembre 77, je fus élu délégué au Congrès du Parti ouvrier socialiste des États-Unis, célébré à Newark (New Jersey).
De retour à Chicago, je fus deux fois délégué au Congrès par les camarades de Country Clerk, deux fois conseiller. En 1879, la section de Chicago me nomma délégué au Congrès du Parti ouvrier socialiste à Alleghany City, et, en 1880, j’abandonnai le parti pour retrouver les socialistes révolutionnaires dont je fus encore le délégué à leur Congrès. Je fus aussi délégué au Congrès de Pittsburg où fut organisée l’AIT, dont je suis encore membre.
Comme orateur et propagandiste, j’ai traversé seize États de notre pays et pendant ces onze dernières années j’ai parlé à plus de mille meetings sur les divers thèmes du socialisme.
Je suis père de famille et j’ai deux enfants, un garçon de huit ans et une fille de six."
Depuis 1884, Parsons était rédacteur de Alarm, journal fondé à Chicago par les internationalistes, interdit après l’affaire de Haymarket ("le marché de Hay") par la police.
En 1872, il s’était installé à Austin avec sa compagne qu’il avait connue toute petite alors qu’elle était esclave de ses parents. Durant toute sa vie, sa compagne fut une propagandiste de l’anarchisme.

August Spies

Spies naquit le 10 décembre 1865 à Friedewalde (Hesse-Kassel), en Allemagne. Son père était employé forestier à Kurbesse... Élevé par les maîtres de la maison, il fut envoyé plus tard à Kassel où il entra à Polytechnique afin de préparer sa profession forestière... À 16 ans il était déjà géomètre et à 17 libre penseur... Passionné par les études, mais aussi par la lecture, il dévorait les classiques allemands, Feuerbach, Kant, Molleschott, etc.
Il étudiait depuis un an à Kassel quand son père mourut et il dut interrompre ses études... C’est alors que Spies décida d’émigrer en Amérique où vivaient des parents de sa mère très aisés. En 1872 il débarqua à New York. Sur le conseil d’un oncle, qui habitait cette ville, il se mit à apprendre le métier de tapissier. À cette époque-là il était encore fervent admirateur de Bismarck et de l’empereur allemand. Du socialisme, il ne savait strictement rien. À peine avait-il lu çà et là quelques lignes sur la Commune de Paris et il croyait que les socialistes et les communistes ne voulaient que détruire toute propriété. Spies considérait cela comme une monstrueuse absurdité.
Après avoir appris son métier, il décida d’aller explorer l’Ouest, mais comme il ne trouva sur place aucun emploi dans sa branche, il se lança dans le commerce et géra une librairie.
En 1877, il adhéra au mouvement ouvrier, après avoir lu une partie de la littérature socialiste. Membre de la section de Chicago du Parti ouvrier socialiste, il fut extrêmement actif durant la période électorale de 1878, quand le Dr Smith fut présenté comme candidat à l’intendance par les socialistes. Lui-même fut désigné de 1879 à 1881 pour la législation et autres fonctions politiques. En 1880, il avait accepté le poste d’administrateur de l’Arbeiterzeitung (Le Quotidien du travailleur), qui était au bord de la faillite. Par son travail et ses capacités il ramena le journal à la prospérité. La rédaction s’intéressait encore à l’agitation politique, mais lorsque s’effectua la scission entre la section socialiste et la tendance social-révolutionnaire, orientée par Most, la rédaction suivit Spies.
Au Congrès des socialistes en 1882, à Pittsburg, Spies défendit la propagande social- révolutionnaire, déclarant que les travailleurs n’obtiendraient jamais leurs droits par la voie des urnes et des suffrages. Dès cette époque-là il se considéra anarchiste et se mit à étudier Proudhon et Bakounine.
"En aucun cas je ne suis partisan des courtes révoltes qui sont dues aux conditions actuelles"
dit-il en 1886, à l’époque de son procès, lors d’une entrevue en prison...
Dans son autobiographie, publiée par Nina Van Zandt, on peut lire:
"Ma philosophie a toujours été que le but de la vie soit seulement l’épanouissement de l’individu et l’application rationnelle de ce principe est la véritable moralité. Le socialisme peut être défini comme une science, comme une forme déterminée d’organisation sociale, tandis que l’anarchisme (la négation de l’autorité imposée) est le fil qui anime toutes les époques de l’évolution sociale et humaine;c’est la lutte pour la souveraineté de l’individu. Bien que dans le concept général je sois anarchiste, je suis aussi pratiquement et spécifiquement socialiste".
Voici une autre pensée de Spies:
"Non, je n’exige pas la terre entière, je veux que tous soient en possession de la terre. Y a-t-il là quelque chose de ridicule ?"
L’anarchisme enseigne que dans une forme sociale collectiviste, dans une égalité économique et une indépendance individuelle, l’État, – le père politique,– doit être débarrassé comme un tas d’ordures et la barbarie avec. L’anarchisme ne signifie pas avalanche de sang, d’incendies, de vols. Ces monstruosités, au contraire, sont les propres caractéristiques du capitalisme. Anarchie signifie paix pour tous. L’anarchisme et le socialisme signifient la réorganisation de la société sur des bases scientifiques et l’abolition des causes qui produisent les vices et les crimes.
Le capitalisme apporte d’abord les maladies et après fait semblant de les guérir avec la violence.
Notes:
[1] Les illustrations originales de cette page du site sont de Richard Bonfils.
[2] International Working People's Association - Association internationale des travailleurs, de tendance social-révolutionnaire
[3] American Federation of Labor - Fédération américaine du travail, syndicat apolitique.
Sources: RA Forum